LE TEMPS DU ROYAUME

Ap 3, 14-23 ; Lc 19, 11-27

(14 novembre 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

ette parabole des mines, dans l'évangile de saint Luc, a son parallèle dans l'évangile de saint Matthieu, la parabole des talents.

La réflexion de Jésus porte sur une inquiétude ou un souci des gens qui L'entouraient et qui est ex­primé par cette parole : "Ils pensaient que le royaume de Dieu allait apparaître à l'instant même." C'est sur cette phrase-là que nous allons réfléchir ce matin, sur l'instantanéité du Royaume.

Pour développer sa réponse, Jésus utilise pro­bablement une coutume de ces petits potentats de l'occupation romaine qui, comme ce fut le cas pour Archélaüs le tétrarque, allaient chercher leur couronne ou leur investiture à la source même de l'Empire, à Rome. Reprenant ce fait, Jésus va l'appliquer à Lui-même, non pas en rigueur de termes, mais par mode allégorique, pour essayer de faire comprendre à ses auditeurs les trois principales phases de l'eschatologie chrétienne, les trois principaux aspects de la façon dont nous devons regarder, comprendre et vivre cette fameuse venue du Royaume de Dieu. Appliqué au Christ, cela donne les trois termes suivants. Jésus est ce roi qui va recevoir sa couronne dans un pays loin­tain. Ceci est une annonce de sa glorification et de son ascension dans les cieux où Il reçoit, "à la droite du Père" tout le couronnement de son œuvre de salut. C'est le premier élément de l'eschatologie chrétienne donc ceci nous signifie déjà que l'eschatologie n'est pas pour demain, qu'elle est déjà inscrite dans notre histoire par cet événement historique de la Pâque, de l'Ascension, de la glorification du Christ. Donc le royaume de Dieu n'a pas à intervenir immédiatement puisqu'il est déjà là par le fait que le roi est parti vers le ciel pour y recevoir la couronne, la gloire de Dieu le Père Lui-même après son œuvre, après qu'Il fût choisi et envoyé comme Roi de l'univers et Sauveur du monde.

La deuxième phase c'est le temps intermé­diaire entre cette glorification du Christ au ciel et son retour, ou selon les opinions exégétiques, sa seconde venue à la fin des temps, à ce moment que l'on ap­pelle la Parousie. Ce temps intermédiaire, c'est le nô­tre. Ce temps où le roi est manifestement absent, mais ce temps où Il nous a confié quelque chose qui n'est pas de nous mais qui vient de Lui et que nous aurons à lui rendre, après l'avoir fait ou non fructifier.

La troisième phase c'est le retour, c'est la ve­nue, C'est l'accomplissement du jugement qui déjà a été inscrit en filigrane dans le don que le roi a fait à ses sujets. Car ce jugement ne sera pas une sentence prononcée de l'extérieur, mais il sera révélé par la façon dont les sujets auront vécu ou pas vécu ce temps intermédiaire. Ceci nous fait bien comprendre que le royaume de Dieu, que l'eschatologie chrétienne n'est pas d'abord un moment du temps, mais une fa­çon, pour le temps, de se dérouler, qu'en définitive, le royaume de Dieu n'est pas un moment de l'histoire chronologique, mais il est ce mystère qui permet à l'histoire de se dérouler, c'est-à-dire qui permet à Dieu de se manifester dans la durée même de la vie du monde et des hommes pour que ces hommes puissent le connaître, en vivre et l'attendre.

Que dans cette eucharistie, cette parole de Dieu, ce mystère du Dieu qui vient, puisse nous éclai­rer sur cette permanence de la présence du Royaume, simplement pour nous aujourd'hui, dans la foi, c'est-à-dire dans la non-visibilité, dans la charité, c'est-à-dire dans le fait de faire fructifier le don de la charité du Christ qui est venu nous sauver et dans l'espérance, cette espérance qui seule peut nourrir notre fidélité aujourd'hui.

 

 

AMEN