GUÉRISON ET ADORATION
Ap 2, 18-29 ; Lc 17, 11-19
(7 novembre 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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n lisant cet évangile tout à l'heure, j'ai tout de suite pensé à vous. "Dix lépreux" fréquentaient les prêtres. Vous fréquentez beaucoup les prêtres. "Un seul" s'est aperçu de ce qui lui était arrivé et a rencontré le Seigneur.
Nous autres, pratiquants réguliers, c'est vrai que nous avons confiance en Dieu et que nous lui exprimons ce désir fondamental de conversion : "Prends pitié de nous ! Jésus !" Mais Jésus a confié le ministère de la guérison, sous toutes ses formes à travers les sacrements, Il l'a confié aux prêtres. Mais il ne suffit pas de rencontrer les prêtres ni de les fréquenter. "Un seul" s'est aperçu de ce qui lui était arrivé. Celui-là voit qu'il est guéri. C'est la première question que nous pouvons nous poser lorsque vous venez aux sacrements, lorsque vous participez aux sacrements, lorsque, au nom de Jésus, vous venez vers l'Église qui, dans son service sacerdotal, guérit, est-ce que vous vous apercevez de ce qui vous arrive ? "Un seul sur les dix" s'en est aperçu. C'est une première question, mais je ne fais pas la réponse, en tout cas pas pour vous, j'essaierai de la faire pour moi-même. Il s'est aperçu qu'il a été purifié. C'est la première chose : la connaissance de ce que Dieu nous donne Lui-même, à travers le ministère de l'Église.
Mais cette reconnaissance n'est pas encore suffisante. Elle suffit à la guérison mais, elle ne suffit pas à la véritable conversion. Il faut revenir sur ses pas "et glorifier Dieu". Il faut rechercher la personne même du Christ et ne pas se contenter simplement de l'exercice ministériel de l'Église. C'est nécessaire mais cela ne suffit pas. Le service ministériel de l'Église renvoie chacun, personnellement, à la rencontre qu'Il fait ou ne fait pas totalement avec le Christ Jésus. "Un seul est revenu sur ses pas", un seul est allé plus profond que la simple rencontre événementielle avec le sacerdoce, celui de l'Ancien Testament pour l'évangile, adaptez pour le nôtre aujourd'hui.
Mais il ne suffit pas encore de faire ce détour sur soi-même. Il faut "glorifier Dieu à haute voix", signifier que ce dont nous avons pris conscience du don de Dieu n'est pas uniquement pour soi mais doit être proclamé aux autres. Et cela ne suffit encore pas. Il faut "tomber la face contre terre aux pieds de Jésus et le remercier". Toute conversion s'achève dans l'adoration, s'achève dans cette reconnaissance que nous ne sommes rien, ou plus exactement que nous devenons tout lorsque nous sommes à genoux devant le Seigneur. Et c'est à ce moment-là que le Seigneur nous dit : "Lève-toi ! Ta foi t'a sauvé !" C'est à ce moment-là que le salut véritablement nous a atteint et a accompli en nous son chemin, son itinéraire, sa perfection.
Alors c'est la question que je vous laisse. Aujourd'hui même, vous êtes appelés par le Seigneur, vous lui avez dit tout à l'heure : "Prends pitié de moi !" Vous venez vers l'Église, vers le prêtre qui est le ministre de la croissance, de la rencontre, mais il n'en est que le ministre. Cela ne suffit pas. Alors, revenez sur vous-même, reconnaissez ce que le Seigneur vous fait, reconnaissez-le, ne vous arrêtez pas à la rencontre événementielle, si nécessaire soit-elle, proclamez-le à haute voix, chacun selon son charisme, comme on dit, chacun selon ses dons, chacun selon sa situation, mais chacun doit le faire. Et ensuite, au soir de ce jour, prosternez-vous devant le Seigneur et adorez-le, remerciez-le pour tout ce qu'Il fait pour vous. C'est peut-être cela qui manque le plus à l'Église, c'est qu'il n'y a qu'un seul lépreux à faire ce chemin.
AMEN