QUEL TEMPS FERA-T-IL ?

Ez 36, 1-3+8-12 ; Lc 12, 49-59

(22 octobre 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

O

n devrait penser à cet évangile chaque fois que l'on voit au bulletin météo de la télévision Alain Gillot-Pétré commenter ses petits schémas de nuages qui se déplacent ou ses photos de satellites. On devrait se souvenir chaque fois que l'homme, depuis longtemps, est hanté par le fait de savoir quel temps il fera demain. C'est même un problème si fondamental que lorsqu'on n'a pas grand-chose à se dire, on se dit : Il fait beau ! d'un air de dire : pourvu que ça dure !

En réalité cette capacité fondamentale qui est dans l'homme, cette curiosité fondamentale de savoir le temps qu'il va faire relève de quelque chose de plus profond, de plus important. C'est que l'homme, dans le temps, est ouvert à l'avenir. Au fond, et cela les philosophes modernes l'ont répété sur tous les tons, c'est l'ouverture à l'avenir qui fait que l'homme est, soit inquiet, soit heureux, soit tendu de tout son être vers un bien, soit au contraire complètement trauma­tisé par ce qui pourrait lui arriver et menacé de peur.

Et Jésus nous dit : "Regardez ! Vous êtes très inquiets du temps qu'il fera demain et surtout vous savez le déchiffrer ! Vous savez déchiffrer le visage de la terre et du ciel à partir des petits nuages qui mon­tent à l'horizon. Et pourtant, plus profondément, le temps que vous vivez, vous ne savez pas le déchif­frer." Qu'est-ce que cela veut dire ? En gros cela veut dire que lorsqu'il s'agit du temps météorologique, du beau temps ou du mauvais temps, l'homme est sou­cieux de savoir le temps qu'il va faire. Mais lorsqu'il s'agit de ce temps plus essentiel et plus radical qui est non pas le temps qu'il va faire au-dehors, mais le temps qu'il va faire en Dieu, là curieusement, nous avons les yeux comme aveuglés et nous sommes in­capables de discerner le soleil de la Résurrection du Christ qui va se lever sur nous. C'est précisément cela que le Christ reproche à la génération des pharisiens : "Vous ne voyez pas !" Vous ne voyez pas comment le temps dans lequel vous vous trouvez actuellement, c'est le temps de votre visite, c'est le temps de la pré­sence de Dieu, c'est le temps où Dieu vient vous ou­vrir un avenir. Au fond c'est le temps où s'accomplit précisément la prophétie d'Ezéchiel de la première lecture. Et c'est là, la plupart du temps, notre aveu­glement. Nous ne comprenons pas la manière dont nous sommes dans le temps, nous ne soupçonnons pas, et même d'une certaine manière à cause de notre péché cela ne soulève en nous aucune curiosité ni aucun intérêt, nous ne soupçonnons pas que ce temps est déjà l'ouverture même à l'éternité de Dieu et que, par conséquent, le temps change radicalement à partir du moment où nous mesurons que ce que Dieu ouvre pour nous dans le temps c'est l'infini de sa présence.

Je voudrais vous suggérer un petit aspect qui me paraît important. Si nous ne devinons pas le bon­heur et la grandeur à laquelle Dieu nous appelle, nous ne sommes pas non plus capables de voir à quel point, actuellement, le temps que nous vivons nous ferme à Dieu par le péché. Les deux choses sont parfaitement corollaires. Si nous devinions, comme dit saint Paul "le poids de la gloire à laquelle nous sommes appe­lés", alors nous nous rendrions compte d'une façon qui nous crèverait les yeux de la manière dont, ac­tuelle ment, notre cœur est fermé, bouché, étanchéifié par le péché. Les deux choses vont de pair et c'est pour cela que Jésus dit, à la fin : "Quand pour un petit problème juridique, vous allez devant le juge, essayez de voir d'abord l'importance de ce qui est en jeu. Et avant d'en venir à la contestation publique devant le juge et de mériter éventuellement une condamnation, essayez de voir que ce péché ou ce différend qui a fait de vous l'ennemi de quelqu'un en réalité, par rapport à la liberté que vous pourriez vivre, n'est vraiment pas grand-chose. Essayez, dès maintenant, de faire œuvre de réconciliation pour retrouver une relation de liberté et d'amitié avec ce frère plutôt que de pous­ser à bout l'économie du péché et de la surdité au cœur de l'autre".

Voilà ce que Dieu nous demande. Il nous dit : "Vivez ce temps comme un temps de pardon comme un temps de paix, comme un temps de réconciliation, non pas simplement pour avoir la paix, mais parce que, finalement, c'est la meilleure préparation à cet infini de la gloire de Dieu auquel nous sommes, maintenant, appelés".

 

 

AMEN