LANGAGE SECRET DE DIEU
Ac 4, 32-35 ; Lc 10, 1-9
(6 juin 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e que Dieu a à nous dire nous sera dit dans cette vie. Dieu n'est pas silencieux, n'est pas en retard sur sa Révélation, Il n'est pas en retard sur l'intervention dans notre vie. Il nous le dit de façon permanente. Il nous le répète que ce soit dans les événements ou dans notre vie d'Église. Lorsqu'Il parle à l'homme, Dieu ne parle pas le langage de Dieu, mais Il parle le langage de l'homme. Il emploie ce que l'homme vit et le retourne, l'éclaire de l'intérieur pour que l'homme puisse y lire ce que Dieu a à nous dire. Dieu ne laisse pas son message comme au-dessus du monde, et nous aurions ainsi à décrypter par des méthodes plus ou moins curieuses, un message divin ou céleste qui devrait descendre à petits pas ou à petites gouttes sur ce monde. Mais, comme le Fils est l'incarnation, Il inscrit toute sa volonté, toute sa parole dans le cœur de l'homme et dans les événements qui se déroulent dans le cœur et la vie de l'homme. Il n'y a rien de ce que Dieu veut nous dire qui ne soit inscrit, volontairement, dans notre histoire.
Encore faut-il prêter à cette histoire la faculté de dire ce que Dieu y cache. Car le message n'est pas codé mais simplement aux yeux des hommes qui lisent l'histoire non pas en tant que telle, comme elle se déroule sur le plan chronologique, mais dans la façon dont Dieu la recompose de l'intérieur et la redistribue afin de la réorienter de façon permanente vers Lui. Tout événement, négatif ou positif, est l'occasion pour Dieu de renouveler sa promesse, son amour et sa puissance d'amour. Tout événement aussi profane soit-il est pour Dieu l'occasion de nous redire et le pardon et le salut qu'Il nous offre.
C'est pour cela que nous fêtons les saints, car dans la vie des saints nous fêtons des événements purement profanes de leur vie qui les a renversés sur un plan spirituel. La chute de cheval de saint Norbert n'a rien à voir avec la vie lascive des chanoines avec lesquels il vivait, la vie de la cour d'Allemagne dont il était issu. C'est un événement à part, distinct, différent, qui aurait pu être spectaculaire comme la chute d'un cheval, ou beaucoup moins spectaculaire comme un coucher de soleil, mais qui, un jour, s'est prêté à une lecture attentive dans laquelle Norbert a décelé ce que Dieu voulait y mettre depuis longtemps.
Alors, à l'image et à la suite de tous ces saints qui ont su lire dans leur vie, dans les événements les plus quotidiens ou les plus petits, l'immense volonté, la répétition inlassable de la bienveillance de Dieu, relisons notre propre vie inscrite dans notre chair à laquelle nous nous sommes habitués, mais qu'il nous faudrait relire avec toute la fraîcheur de l'évangile pour que nous repartions, pour que nous décidions que rien n'est étranger à Dieu mais que tout peut être donné. Encore faut-il que nous adhérions à cette vérité qui est au fond de nous.
Ouvrons nos oreilles à cette présence intérieure de Dieu qui nous indique le chemin vers Dieu.
AMEN