LA MISSION DES DOUZE
Jb 42, 10-17 ; Lc 9, 1-9
(24 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ans cet évangile de la mission des douze, mission préparatoire, encore temporaire, annonciatrice de leur mission définitive, quelques traits sont à relever.
D'abord, le contenu de la prédication des douze. Ce contenu tient en deux points. D'une part, ils apportent la guérison, ils vont donc à ceux qui sont malades, ceux qui, comme le disait Jésus, ont besoin de médecin. Malades dans leur corps, dans leur esprit. Jésus a donné pouvoir aux apôtres sur les maladies et sur les démons. C'est donc d'abord une œuvre de miséricorde, un œuvre d'apaisement. C'est la force de Dieu pour vaincre les pouvoirs maléfiques et la douceur de Dieu pour consoler, pour panser, pour guérir. Jésus délègue à ses apôtres sa mission de Bon Pasteur, telle qu'elle était définie dans l'Ancien Testament par le livre d'Ezéchiel par exemple : "Je panserai celle qui est blessée, je guérirai celle qui est malade !" Donc d'abord une œuvre de guérison, d'assainissement.
Ensuite une œuvre de joie. La proclamation de la bonne nouvelle. La bonne nouvelle, l'évangile, cette nouveauté qui nous apporte le Bien, l'accomplissement de nos désirs. La nouvelle qui transforme notre vie, c'est ceci : "le Royaume de Dieu est venu !" Proclamez le Royaume de Dieu, c'est-à-dire proclamez la présence de Dieu, une présence efficace comme celle d'un règne, une présence visible, tangible par tous les signes qui en sont donnés, œuvre de guérison, d'apaisement et œuvre de joie, de proclamation de cette bonne nouvelle. Tel est le contenu fondamental du kérygme c'est-à-dire de la prédication radicale fondamentale de l'évangile.
Et puis il y a la manière, les méthodes. Là aussi Jésus est sobre. Dans les méthodes qu'il conseille à ses apôtres, il y a d'abord la pauvreté. "N'ayez ni bâton, ni besace, ni or ni argent !" On ne vient pas avec des moyens riches, imposants. On vient comme en passant en marche, avec le minimum parce qu'on est en route pour ce Royaume qui vient et qu'on n'a pas besoin de sécurités. Ce Royaume est notre sécurité. La Parole de Dieu nous suffit et par ce dépouillement qu'Il demande aux apôtres nous témoignons que cette Parole nous comble et qu'Il n'est pas nécessaire d'avoir toutes sortes de choses secondaires qui deviennent superfétatoires.
La pauvreté et puis la discrétion de l'annonce. On n'impose pas cette annonce du Royaume. "Ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de leur ville !" On ne s'impose pas, on ne contraint pas. L'adhésion des hommes reste libre. C'est une annonce qui laisse le choix à celui à qui elle s'adresse. Et cela est évident à propos d'Hérode. Hérode est un homme compliqué, partagé. Il a cédé à Hérodiade et à Salomé. Il a fait tuer Jean-Baptiste qu'il aimait pourtant et dont les avis lui semblaient importants. Et entendant parler de ce prophète, il est de nouveau troublé et cherche à voir Jésus. Curiosité sans doute mais peut-être aussi inquiétude intérieure, besoin de trouver quelque chose qui lui permette de vivre encore. Et cette curiosité d'Hérode vis-à-vis de Jésus se réalisera au moment de la Passion quand Pilate enverra Jésus chez Hérode. Mais faute d'une disponibilité vraie, faute d'une ouverture de son cœur, cette rencontre ne portera pas de fruit. Jésus ne répondra pas à Hérode car ses questions en sont pas les questions du cœur. Jésus laisse chacun se situer par rapport à Lui, par rapport au message : "Qui vous accueille, M'accueille". N'imposez pas votre prédication. Discrétion d'un message proposé mais non pas imposé.
Telle est la mission des douze. Ceci est le commencement de la prédication qui remplira l'univers. C'est avec ces mêmes méthodes, c'est avec cette simplicité des moyens, c'est avec cette discrétion que l'évangile se répandra comme une flamme à travers tout l'univers. Dieu s'adresse à nous aujourd'hui encore pour nous dire ces mêmes choses, nous dire qu'Il veut nous guérir et nous apporter la joie de sa présence, la joie de son Royaume la joie de sa venue. Et Il nous le dit avec une infinie discrétion, sans contraindre notre cœur à répondre à son invitation. Et pourtant quoi de plus important, quoi de plus profond et solennel que cette invitation du Christ. Il vient à nous dans la simplicité, dans la pauvreté, dans l'humilité. L'humilité de ce pain que nous allons partager, l'humilité des signes que le Christ a choisis pour se manifester à nous : un peu d'eau, quelques paroles, des mains qui s'imposent, du pain et du vin, un repas, voilà les signes que le Christ nous donne de sa venue. Aucun mystère n'est plus grand que celui-là et pourtant c'est dans cette infinie simplicité qu'Il s'offre à nous.
A la différence d'Hérode, sachons ouvrir notre cœur, non pas avec une vaine curiosité, non pas non plus avec un besoin de sécurisation, mais avec la simplicité des apôtres Sachons ouvrir notre cœur à ce mystère qui nous appelle et qui nous met en route comme les apôtres qui prêchaient en marchant, en allant de village en village, de bourg en bourg Laissons-nous saisir par l'annonce du Royaume. Que cette eucharistie nous mette en marche vers ce Royaume.
AMEN