QUI EST MA MÈRE ?

Jb 42, 1-6 ; Lc 8, 16-21

(21 octobre 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

M

a mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu" mais qui font tellement attention, mais qui prennent tel­lement garde à la façon dont ils écoutent la Parole de Dieu qu'elle est en définitive, essentiellement pour eux, ce qu'ils en vivent. Ceux qui laissent transformer la Parole écoutée en une Parole vécue, ou plus exac­tement en une Parole vivante, en une Parole qui est la source de leur vie. De leur vie spirituelle, intellec­tuelle, affective et active.

"La Parole de Dieu", nous venons de le chanter, "est esprit et vie". Ceux qui la mettent en pratique sont dans la véritable parenté du Christ. La Parole de Jésus : "Mes frères, ma Mère, ce sont ceux qui mettent en pratique la Parole de Dieu !" contient cette exigence fondamentale de ceux qui sont déjà illuminés par le baptême, mais qui ont tellement ten­dance à mettre si souvent la lumière sous le boisseau de leur indifférence, de leurs habitudes, ou plus exac­tement et plus gravement sous le boisseau de leur orgueil.

Dans la partie du Psaume 118 que nous avons chantée, il est dit : "Qui s'aperçoit de ses fautes?" personne ne peut s'apercevoir de sa faute si ce n'est dans la lumière de la Parole du Christ qui est Esprit et qui est vie. "Qui s'aperçoit de sa faute ?" Et aussitôt le psalmiste dit : "Préserve ton serviteur de l'orgueil !" Préserve ton serviteur de se confier à la propre lumière de ce qu'il croit être, à sa propre façon de recevoir la Parole de Dieu, à sa propre interprétation du mystère de Dieu, à sa façon de vouloir exercer sur la Parole de Dieu un pouvoir.

Recevoir quotidiennement, comme vous le faites presque tous, la Parole de Dieu c'est vouloir, de tout son cœur, c'est-à-dire de tout son esprit et de tout son agir, donner une joie au Seigneur. Comme nous l'avons chanté : "Que les paroles de mes lèvres, le murmure de mon cœur soit une joie pour Toi, Sei­gneur !" Mais qu'est-ce que les paroles des lèvres et le murmure du cœur pour Dieu, si ce n'est la mise en pratique de sa Parole ? si ce n'est le fait que notre vie, dans son agir, va murmurer du murmure de l'eau de la Parole de Dieu ? La foi chrétienne ce n'est pas de croire en Dieu, car beaucoup d'hommes croient en Dieu. La foi chrétienne ce n'est pas d'écouter le Parole de Dieu, car beaucoup l'écoutent mais ne vivent pas de la foi. La foi chrétienne c'est de laisser incarner dans sa chair la Parole de Dieu. "Le Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous !"

Est-ce que cette Parole quotidiennement écoutée et transmise demeure en vous ? Pas simple­ment comme un souvenir. Pas simplement comme l'objet formel de la mémoire ou de la culture, voire de la prière qui ne serait que purement intellectuelle. Mais est-ce que la Parole de Dieu demeure dans votre agir ? dans la pratique même de votre vie ? dans la pratique même de vos sentiments, personnels, les uns avec les autres ? dans l'action, dans la manifestation. Autrement, nous restons toujours dans l'orgueil, c'est-à-dire dans une façon d'imposer à nous-même et aux autres ce que nous croyons être la lumière.

Il n'y a pas d'autre humilité devant Dieu et devant ses frères que de grandir, au maximum, dans la Parole de Dieu. Il n'y a pas d'autre vérité, devant soi-même et devant ses frères, que d'agir dans la vérité purifiante, exigeante de la Parole de Dieu. Il n'y a pas d'autre joie que de prendre son bonheur dans "ce tré­sor plus fin que l'or le plus fin, plus doux que le miel le plus doux".

Que cette eucharistie, célébration aujourd'hui du Verbe fait chair, non seulement nous rappelle, mais réincarne en nous, cette Parole, pour qu'elle de­vienne notre lumière, et que nous soyons toujours attentifs à ne pas la mettre sous le boisseau pour qu'elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.

 

 

AMEN