REVIREMENT À NAZARETH
Jb 38, 34-39, 4 ; Lc 4, 21-30
(10 octobre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture". On observe que les auditeurs du Christ, dans la Synagogue de Nazareth vont passer d'un état d'âme à un autre. Il est dit : "Tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce de Jésus." Première réaction de cette foule de juifs religieux, c'est l'allégresse, les applaudissements, la joie que le prophète soit enfin manifesté. Puis il y a une homélie du Christ sur le passage de l'Écriture qu'Il vient de lire et qui est tiré du prophète Isaïe. Et à la fin, que se passe-t-il : "Entendant cela, tous furent remplis de fureur et le jetèrent dehors." Voilà ce qui se passe en quelques minutes d'homélies. L'admiration, les applaudissements : "C'est très bien, mon Père, cette homélie nous a fait plaisir ! Comme c'était beau !" Puis, on met le prédicateur hors de l'église.
Il y a une phrase au milieu de ce passage qui peut nous aider à comprendre cela d'une façon plus profonde que l'humour, même si cela y aide un peu. Jésus dit : "En vérité, je vous le dis : Aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie !" Or, nous chrétiens, nous sommes par excellence la patrie du prophète Jésus-Christ, nous sommes son pays, nous sommes sa famille, nous sommes son humanité, puisque créés "à son image et à sa ressemblance". Qui est plus du pays de Dieu que ceux qui reconnaissent dans leur propre vie qu'ils sont "à l'image de Dieu" ? C'est cette parole du Christ qu'il faut faire mentir, ou mentir, dans notre vie chrétienne. Que le Christ qui y soit le prophète de la Parole de Dieu soit bien reçu dans sa patrie, dans ce que nous sommes, nous pour Lui.
Et quand je dis "bien reçu", je dis qu'il faut en rester à l'admiration, à la joie, à l'action de grâces, sans jamais passer à l'expulsion, au rejet, à la critique ou à la mise en dehors du Christ, par rapport à ce temple que nous sommes nous-mêmes. Or combien de fois, dans notre vie, nous sommes comme ces Nazaréens, jaloux de ce que Dieu fait pour les autres ou tout simplement de ce que sont les autres ! Car la jalousie des Nazaréniens ici c'est qu'ils veulent que le Christ fasse "chez eux" ce qu'Il a fait à Capharnaüm. Or ils ne l'accueillent même pas. Ils se réjouissent extérieurement : "Ce peuple m'honore des lèvres" dira Jésus, "mais son cœur est loin de Moi !" c'est-à-dire tout ce qu'il est lui-même, toute la profondeur de son être. Et dans le langage biblique, le cœur n'est pas les sentiments, c'est la volonté, c'est la décision, c'est cette adhésion totale du cœur du corps, de l'esprit, de la vie au message du Christ. C'est la mise en pratique. Mais "ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de Moi !"
Nous passons beaucoup d'énergie à virer de l'admiration au refus de Dieu. Nous sommes heureux que Dieu soit Dieu, qu'Il nous comble de tant de bienfaits, mais nous L'acculons à vouloir qu'Il fasse pour nous autre chose que ce qu'Il a fait pour les autres. C'est une sorte de sentiment spirituel de jalousie qui n'a pas d'autre efficacité que de stériliser en nous la Parole de Dieu, c'est-à-dire de rendre vraie cette phrase de Jésus : "Aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie !" Alors laissons-nous éclairer par le vrai sens de cet évangile pour que nous puissions d'abord reconnaître que nous sommes nous-mêmes la patrie du Christ et que souvent, si nous sommes heureux de l'accueillir quand ca nous arrange ou quand ca nous émerveille, il faut aussi l'accueillir quand Il nous dérange et quand Il fait pour nous quelque chose que nous n'attendons pas de Lui, ou quand Il fait pour les autres ce que nous aimerions bien qu'Il fasse pour nous.
AMEN