MONTE PLUS HAUT !

1 Co 7, 25-31 ; Lc 14, 7-14

(24 octobre 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans l'évangile, il y a des éléments qui, à par­tir de ce monde-ci, nous permettent de dé­couvrir ce que Dieu nous prépare. La fré­quence des paraboles sur le repas en est parmi d'autres un exemple, comme si le repas, tous les repas que nous pourrions prendre préfiguraient, annonçaient un autre repas plus important, plus total, plus éternel. Saint Bernard nous dit que "lorsque nous aurons bien appris, dans ce monde, à mâcher les aliments de no­tre travail, nous découvrirons que nous nous sommes nourris aussi d'autres aliments, ceux-là plus spiri­tuels, avant de nous enivrer totalement de la présence de Dieu". Mais en disant ces mots, on mesure com­bien ils paraissent légers, par rapport à notre vie d'ici-bas. Et lorsque justement nous nous heurtons à ce qui sépare la vie d'ici-bas de la vie de l'au-delà, il nous est difficile de "remonter le courant" et nous avons l'im­pression de nager à contre-courant, d'aller contre les marées, contre tout sentiment de paix et d'espérance, que rien ne veut plus rien dire puisque je ne com­prends pas et je ne peux pas me consoler. Ceci est entièrement vrai, ceci n'a pas d'autre issue que d'être ainsi.

Car l'Église n'a pas, ni le Christ non plus, des mots de consolation facile. Si elle rejoint les cœurs, ce n'est pas pour autant banaliser, cicatriser à moindres frais ce que la vie, les accidents de cette vie que vous vivez en ce moment blessent dans notre cœur. Par contre, au fond de cette souffrance dans laquelle Dieu est présent à cause de sa croix, essayer de retrouver la trace de celui qui nous prend par la main et nous mène un peu plus loin, en ce moment. Ne pas nous laisser, à cause du chagrin ou de la douleur, nous re­tourner sur nous-mêmes comme une bête qui ne pour­rait plus être saisie. Mais, à travers même cette souf­france, reconnaître quelqu'un qui murmure qu'Il a toujours été là, qu'Il est encore plus là et qui nous dit comme à ces invités qui avaient la dernière place car nous sommes ces invités au festin qui restent au fond de la salle.

Au fond de notre désarroi le plus total, au fond de ce cœur brisé, Christ vous dit : "Monte un peu plus haut !" Serre ma main ! Entends mon cœur qui est fait pour ton cœur et ne reste pas à cette dernière place avec ton chagrin et tes larmes, mais monte le long de la table pour une autre table, pour celle où tu me verras mieux, où tu discerneras, à travers tes lar­mes, un visage qui t'attend, un visage qui scruteras le tien et te redonnera la paix, la foi et l'espérance.

Ceci n'est pas mon souhait mais la foi de l'Église que je dis avec toute l'humilité nécessaire. Laissons-nous prendre la main, surtout dans ces mo­ments où nous ne voudrions pas qu'on nous touche, où nous voudrions qu'on nous laisse tranquille. C'est peut-être à ce moment-là que Dieu se fait plus insis­tant et plus délicat pour ne pas nous lâcher au bord de l'abîme de notre désespoir mais nous dire "Monte plus haut !" Ta place, à cause de ta souffrance elle est beaucoup plus haut ! Et ta récompense c'est-à-dire la saveur même de ma présence dans ta vie, se fera plus intense."

Frères et sœurs, dans la communion, large, des saints de notre Église, auxquels nous avons à faire appel dans le malheur de nos frères pour nous solida­riser les uns les autres, faisons entendre dans notre prière, l'appel de Dieu qui est de monter plus haut, car Dieu nous attend, car Dieu est présent, même aujour­d'hui.

 

AMEN