AUJOURD'HUI, DEMAIN ET LE JOUR SUIVANT
1 Co 7, 12-17 ; Lc 13, 22-35
(22 octobre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ésus est en train de prêcher. Il est en route vers Jérusalem. Voici que des pharisiens lui disent : "Pars et va-t-en d'ici car Hérode cherche à te faire mourir !" Petite réflexion en passant : si les pharisiens disent à Jésus qu'Il est menacé, c'est que leurs rapports avec Lui ne devaient pas être tellement mauvais. Peut-être que les pharisiens prenaient ce prétexte pour que Jésus n'agisse plus dans cette région, mais s'ils avaient vraiment, à ce moment-là, voulu sa mort, ils ne lui auraient pas donné ce conseil.
Ce qui me paraît plus intéressant pour nous, c'est la réaction même de Jésus. Il va effectivement quitter la région sur laquelle règne Hérode le tétrarque, mais il répond aux émissaires pharisiens : "Allez dire à ce renard", ce qui n'est pas un terme spécialement élogieux, Je chasse des démons et j'accomplis des guérisons aujourd'hui et demain, et le troisième jour je suis consommé !" Et en commentant le sens des trois mots, Il ajoute : "Mais aujourd'hui, demain et le jour suivant, je dois poursuivre ma route, car il ne convient pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem." Il y a là une allusion assez claire à l'acte central du ministère de Jésus qui est sa mort et sa Résurrection désignée par "aujourd'hui, demain et le jour suivant" ou encore "le troisième jour".
Effectivement, Jésus va quitter la région mais Il veut manifester à ces pharisiens, aux foules et à ses disciples que cette décision n'est pas commandée par la peur. Elle est commandée par le fait d'avoir à accomplir la volonté du Père sur Lui, c'est-à-dire "être consommé" et encore poursuivre la route vers Jérusalem "car il ne convient pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem." Il me semble important de réaliser que Jésus a eu cette conscience profonde de la mission qu'Il avait reçue de son Père, non seulement quand Il en parlait à ses disciples en évoquant sa passion, mais même lorsqu'Il en parlait à des groupes plus larges, incluant même des ennemis potentiels et où Il expliquait clairement qu'il fallait qu'Il "soit consommé" ou qu'Il poursuive sa route vers Jérusalem. Et cette conscience, cette réalité même de sa mission, Il l'exprime plus encore après, lorsqu'Il enchaîne cette parole sur Jérusalem qui donne exactement le sens de sa mort. "Jérusalem combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme un oiseau rassemble sa couvée sous ses ailes !"
Le sens même de la mort de Jésus, tel qu'Il le manifeste ici, c'est le fait, comme le dira saint Jean "de rassembler les enfants de Dieu dispersés." Jésus continue en montrant que cette mission ne peut pas être accomplie autrement que par sa venue, d'une autre manière que sur le mode de la présence où Il est là actuellement au milieu des disciples.
"Vous ne me verrez plus jusqu'à ce qu'arrive le jour où vous direz : "Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur !" Venir au nom du Seigneur, c'est le moment où le Christ vient dans le mystère même de sa Résurrection. A ce moment-là, Il vient explicitement comme celui qui a reçu tout pouvoir sur l'humanité et que là où son projet avait été mis en cause par le refus de Jérusalem de se rassembler autour de Lui, parce qu'à ce moment-là, Il aura reçu tout pouvoir, Il pourra véritablement réaliser ce rassemblement des enfants de Dieu en son corps et dans son Eglise.
Chaque fois que nous célébrons l'eucharistie nous chantons : "Nous rappelons ta mort, nous célébrons ta Résurrection, nous attendons que Tu viennes !" C'est exactement cette triple dimension de "hier, aujourd'hui et demain" qui est ainsi proclamée pour nous chaque fois que nous célébrons l'eucharistie. Le Christ est "Celui qui vient". Il est venu "parmi les siens". Il s'est avancé vers sa Croix, vers sa mort et Il est venu "au Nom du Seigneur" dans le mystère de sa Résurrection. Aujourd'hui encore, Il vient "au nom du Seigneur" comme nous le dirons dans le Sanctus. Que tout cela ravive notre conscience à nous que ces actes mêmes, ces affirmations solennelles que nous posons, au cœur même du culte public qu'est la liturgie, s'enracinent immédiatement dans la manière même dont le Christ a manifesté aux hommes le sens de sa venue et du salut qu'Il apportait.
AMEN