COMME UN VOLEUR
1 Co 4, 9-16 ; Lc 12, 39-48
(13 octobre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e ne sais pas si vous avez été frappé par la manière paradoxale et presque déconcertante dont s'enchaînent les deux paroles du Christ que nous venons d'entendre. Dans la première Jésus dit qu'Il reviendra à l'improviste, d'une façon tout à fait inattendue et surprenante "comme un voleur" qui perce une maison. Il laisse entendre par là que la surprise sera totale et s'Il insiste sur la surprise du point de vue chronologique puisque c'est "dans la nuit" à un moment que l'on ne connaît pas, on peut étendre la réponse du Christ à la modalité même dont le Christ viendra. La surprise ne portera pas seulement sur le fait de ne pas savoir le jour ni l'heure, mais aussi sur la manière dont Il viendra. C'est sans doute la raison, dans les récits évangéliques et dans certains textes de saint Paul la manière dont les auteurs décrivent cette venue qui est si mystérieuse et si difficile à cerner. Cela c'est la première chose.
Mais lorsque Pierre lui dit : "Si cela s'adresse à nous, que faut-il faire ?" Jésus dit tout simplement qu'il faut gérer les choses telles qu'elles sont. Il faut s'occuper de la maison, il faut que tout le monde ait à manger, il ne faut pas laisser sombrer la maison dans l'indiscipline, il ne faut pas battre les serviteurs, bref, il faut faire les choses les plus simples et les plus ordinaires.
On a donc là un paradoxe tout à fait étonnant. D'une part le Christ dit : vous ne savez pas ce qui vous attend ! Mais la seule chose que je vous demande, c'est de vous occuper des choses les plus simples, de la façon la plus rigoureuse, la plus délicate, la plus attentive et la plus régulière. C'est exactement notre situation. Nous ne savons pas comment le Christ viendra. La seule chose que nous sachions c'est que, au jour le jour, nous devons gérer la maison de l'Église, faisant vivre la charité entre nous, nous affermissant les uns les autres dans la foi, célébrant les signes de l'attente du Sauveur, célébrant, par la prière, cette impatience de voir son visage. Mais tout cela ce sont des signes apparemment tout à fait communs, banals et quotidiens auxquels nous sommes parfaitement habitués.
C'est sans doute cela qui fait que, à certains moments, la vie chrétienne nous pèse un peu. C'est le fait que nous sentons la disproportion, la distorsion entre la gloire à venir et le "jour le jour" à porter. Peut-être que nous trouvons que c'est trop pénible, peut-être que nous avons l'impression de ne pas y trouver notre compte. Et surtout, peut-être éprouvons-nous cette espèce d'impression d'une distorsion entre les choses que nous faisons actuellement et l'avenir auquel nous sommes promis. C'est probablement une des tentations qui peut s'insinuer profondément dans notre cœur et nous miner, nous miner dans notre attente et nous miner dans notre soin du temps présent. Le fait de se dire : il y a tellement peu de rapport entre le moment où "tout sera récapitulé dans le Christ" et le fait de faire cette petite chose maintenant. A quoi bon me donner tant de mal alors que cela m'irrite ou me contrarie ?
En fait, ce n'est pas du tout ce que le Seigneur veut. Il nous a vraiment établis comme des intendants. Nous collaborons à une grande oeuvre qui est son oeuvre de salut du monde. Mais nous y collaborons dans des choses apparemment dérisoires et dont le caractère très relatif nous apparaît souvent. C'est notre lot, c'est notre manière d'attendre la venue totale du royaume. Il ne faut ni nous décourager ni négliger aucune de ces taches qui nous sont données. Nous sommes serviteurs les uns des autres. Nous devons faire grandir entre nous cette charité, cette attente et cette impatience du royaume. Mais tout cela se fait de façon extrêmement simple, extrêmement ordinaire. Mais ce qui est grand, c'est que nous savons bien que quel que soit le moment où le Christ viendra, Il veut nous trouver attelés à cette tâche, et c'est pourquoi nous ne devons pas, pour l'instant, reculer devant aucune de ses exigences.
AMEN