LE CENTURION SUPPLIANT
Am 8, 1-3 ; Lc 7, 1-10
(22 septembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e centurion, dont nous venons d'entendre un extrait de la vie à travers cet évangile, est sans doute le premier des grands suppliants du Christ. Les gens qui entourent ce soldat commencent par dire : "Il est digne que le Seigneur l'exauce car il aime notre peuple et il a participé à la construction de notre synagogue." Et quelques lignes plus loin, le centurion, lui, dira : "Je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit ! Mais dis seulement une parole et mon enfant sera guéri !"
Le suppliant c'est celui qui demande mais qui sait quoi demander. La supplication ne tient pas à une espèce de méthode pour obtenir ce que l'on veut, mais c'est l'intelligence même de la foi qui fait viser et ouvrir son cœur à ce qui sera vraiment efficace pour sa guérison. Car le centurion balaie les mérites qu'on lui avait accordés et place seulement son cœur en condition de foi, parce qu'il sait que la Parole est guérison. La Parole du Christ est guérison.
En méditant quelques instants sur ce texte, cherchons quelle est, dans notre vie, la place de la supplication. Nous sommes souvent, dans l'épaisseur de notre vie humaine, en butte à un sentiment que les choses n'avancent pas vite ou que même parfois elles régressent et que le peu que l'on peut acquérir de paix, de bonheur, de tranquillité, de présence de Dieu se trouve souvent balayé, détruit par les événements. Il n'y a pas de recettes pour se tracer une voie droite et sans histoires car avec Dieu l'histoire est toujours mouvementée. De fait elle est grevée de nos infidélités. Mais la question demeure toujours. Sommes-nous de grands suppliants, non seulement pour nous-mêmes, mais pour les autres ? pour le monde, pour tous ceux qui attendent de notre fréquentation si quotidienne de l'eucharistie une puissance d'intercession ?
Est-ce que nous sommes là pour régler quelque compte intérieur avec le Christ, afin de nous assurer de ne pas perdre sa trace en nous ? Ou bien sommes-nous là aussi pour porter, à travers la prière que nous avons, et le pain que nous allons recevoir, la misère des autres hommes qui n'ont pas encore entendu parler du Christ et qui ne peuvent pas dire comme le centurion : "Dis seulement une parole et je serai guéri !" Vous avez remarqué comment le centurion n'était pas auprès de ceux qui étaient instruits, mais avait simplement un peu entendu parler du Christ et sa foi le porte directement, à cause de la douleur de savoir son enfant malade, à croire que sa Parole est guérison.
Si souvent le Christ n'accorde pas au rythme et à la vitesse que nous voudrions la paix ou le bonheur à ceux que nous aimons ou à nous-mêmes, il n'en est pas moins vrai comme un impératif que nous restions comme des suppliants à ses pieds, parce que nous le recevons et nous sommes sûrs de sa Parole, et que nous sommes sûrs de la guérison.
Ce texte nous invite à renouer avec la grande tradition de ceux qui prient et qui intercèdent, de ceux qui portent en eux-mêmes le cri des hommes et qui savent que seul le Christ Sauveur veut les guérir et leur répondre.
AMEN