LE BIEN OU LE MAL
Am 5, 8-9+14-15 ; Lc 4, 14-30
(10 septembre 1988)
Homélie du Frère Michel MORIN
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echerchez le bien et non le mal !" Cette phrase est le contenu nécessaire et suffisant de ce que l'on appelle la morale humaine. Tout homme, quel qu'il soit, a comme premier devoir de rechercher le bien et d'éviter le mal.
Le premier bien que l'homme a à découvrir, c'est que lui-même est un bien, c'est que lui-même est fondamentalement, radicalement et définitivement bon. De par la création, nous savons que nous avons été créés à l'image de Dieu, donc nous portons en nous une part réelle de sa bonté. Tout homme doit chercher cette bonté qui est sa structure fondamentale. J'ai dit qu'il était définitivement bon, car le mal n'a pas rendu l'homme radicalement mauvais. Le péché est venu détruire en l'homme justement ce qui lui permet de reconnaître en lui qu'il est bon, et donc de reconnaître l'auteur de cette bonté : Dieu Lui-même. Car le mal qui est en nous par le péché est venu se fixer, parasiter, déformer ces facultés qui sont en nous pour nous aider à trouver le bien et à le réaliser. Le mal est dans notre liberté, le mal est dans notre désir, le mal est dans notre volonté, toutes ces facultés qui sont caractéristiques de l'être humain pour qu'il puisse vivre dans sa bonté primordiale, chose que désormais, nous ne pouvons plus faire.
C'est ainsi que nous-mêmes et beaucoup de nos frères qui ne sont pas chrétiens sont souvent troublés, désespérés parce que nous ne savons plus ce qu'est le bien et ce qu'est le mal, parce que notre regard est troublé et que nous voyons l'objet troublé. La moindre poussière dans l'œil, non seulement abîme le regard, mais semble déformer l'objet de la vision. Saint Paul lui-même disait qu'il n'arrivait pas à faire le bien qu'il voulait faire, par contre, il arrivait à faire le mal qu'il ne voulait pas faire. C'est cela cette vitalité du péché et du mal en nous.
La venue du Christ est une venue de salut, c'est-à-dire comme nous l'affirmons, une victoire sur le mal. Ceci est une définition théologique tout à fait vraie, mais on ne peut s'en tenir aux définitions théologiques. Il faut faire en sorte qu'elles s'incarnent dans notre propre vie c'est-à-dire, dans le cas présent, que cette venue du Christ puisse nous rendre, à nous-mêmes, cette capacité de discerner le bien en ce qu'il est, de le choisir pour ce qu'il est, et ainsi d'éviter le mal. C'est toujours une contrainte d'éviter le mal, c'est toujours difficile. C'est toujours contraignant mais c'est une libération et c'est la véritable liberté que de choisir le bien.
En rester là est encore un peu abstrait, alors relisons les premiers passages de l'évangile. "Il prit le Livre, lut un passage d'Isaïe, puis dit à ses auditeurs qui avaient les yeux fixes sur Lui : "Ceci s'accomplit, pour vous, aujourd'hui !" Le salut du Christ qui vient rendre à l'homme, petit à petit mais réellement, la pureté de son désir, la fraîcheur de sa liberté, l'authenticité de sa volonté vers le bien, cela on ne peut vraiment en trouver la source et l'énergie pour en vivre que dans l'écoute de la Parole de Dieu, premièrement et dans la conviction que le Christ, par sa grâce de salut, est capable de l'incarner dans notre propre vie, à condition que nous reconnaissions sa présence salutaire en chacun de nous et la capacité de ce salut de nous sauver en chacun de nos actes.
C'est ainsi que, si nous le voulons bien, en cette eucharistie pascale, la parole du prophète Isaïe s'accomplit : "La Bonne nouvelle (de la libération du mal) est annoncée aux pauvres" que nous sommes. Aveugles par notre péché, nous retournons à la vue pour distinguer le bien du mal et nous sommes renvoyés à notre propre vie, en liberté, opprimés que nous étions par cette obscurité et ces chaînes du péché. Alors, en célébrant cette eucharistie, nous pouvons proclamer "une année de grâces pour le Seigneur" et bien plus qu'une année.
AMEN