LA VRAIE RECONNAISSANCE

Ap 3, 14-23 ; Lc 17, 11-19

(12 novembre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

e récit des dix lépreux guéris par Jésus a quelque chose de touchant. Il est édifiant, il nous apprend à dire merci. On s'aperçoit que l'ingratitude est le sort commun. La plupart du temps, de tout ce qu'on fait, on n'est jamais remercié. Pour le Seigneur, c'était la même chose. Par conséquent, il faudrait apprendre aux enfants, et aussi aux grandes personnes, à avoir un tout petit peu plus de reconnaissance, de gentillesse, de délicatesse soit les uns vis-à-vis des autres, soit vis-à-vis du Seigneur.

C'est vrai, mais est-ce vraiment cela la recon­naissance ? Vous sous souvenez de cette belle phrase de la Préface des Saints, et qui est une réflexion de saint Augustin : "Tu n'as pas besoin de notre louange, et pourtant c'est Toi qui nous inspires de te rendre grâces !" La reconnaissance, ce n'est pas de "faire plaisir" à Dieu comme lorsqu'on dit des mercis effusifs pour faire plaisir aux gens pour montrer qu'on est content. C'est vrai, mais c'est peut-être un petit peu trop psychologique, cela nous fait peut-être, à certains moments, un petit peu trop plaisir.

La véritable reconnaissance, la véritable ac­tion de grâces, c'est de se rapprocher de la source de vie. Les dix lépreux qui ont reçu la plénitude de la guérison ont été réintégrés pleinement à la vie, à la vie physique, à l'intégralité biologique de leur être puisque leur lèpre a été guérie, mais aussi à la vie de la communauté, puisqu'en allant se montrer au prêtre, le statut de réintégration pouvait être prononcé. Mais surtout, et c'est le génie du dixième lépreux qui a compris cela, c'était la réintégration à la vie divine. Et c'est pour cela qu'il est retourné à la source.

Au fond, les autres étaient très heureux d'être réintégrés dans leur santé biologique, ils étaient aussi heureux d'aller se montrer au prêtre et de pouvoir fréquenter leurs semblables et ne plus mener cette vie de parias et de bannis, mais ils n'avaient pas compris d'où venait la vie. Et ce qui est grand dans l'action de grâces du dixième qui est pourtant samaritain c'est qu'il a compris que sa guérison était révélation de la source même de sa propre vie, et que c'était le Christ, et que par conséquent, pour vivre, il fallait déjà re­tourner à la source de vie, et c'est le Christ.

Combien de fois nous-mêmes avons-nous be­soin de retrouver ce véritable réflexe. Non pas pour "être gentil" avec le Seigneur Jésus, non pas pour lui faire plaisir, pour lui dire merci poliment, mais vrai­ment pour retrouver la source de vie, pour retrouver ce qui est à l'origine de cette intégrité de cette vie filiale, de cette plénitude et de cette surabondance de la vie de l'Esprit qui ne cesse de couler, de sourdre en nous, pour nous guérir de toutes nos lèpres de péché, de misère, d'égoïsme. Combien de fois nous avons besoin de retrouver la source vive, la source d'eau vive, la source de vie qui est le Christ. Et la plupart du temps, nous l'oublions un peu. Comme dit le prophète "nous avons oublié la source d'eau vive !"

Et pourtant ce n'était que là que nous pou­vions trouver, dans son surgissement, la vérité même de nous-mêmes, la vérité même de Dieu et de notre relation à Lui. Alors que, dans cette eucharistie où, une fois de plus, nous allons nous approcher de la source vive, où une fois de plus le pain et le vin vont nous guérir de toutes nos lèpres, nous ayons ce sens de la grandeur de notre existence humaine. Nous sommes appelés à vivre à la source même de la vie qui est le Christ. Alors, venez, mangez, buvez. C'est la vie qui nous est donnée. C'est la vie qui nous guérit. C'est la vie qui nous fait être dans la vérité.

 

AMEN