LA PARABOLE DE L'ÉLECTRO MÉNAGER
Ap 2, 1-7 ; Lc 15, 1-10
(5 novembre 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ux deux paraboles de la brebis perdue et de la drachme perdue, permettez-moi d'en ajouter une troisième qui va nous aider à mieux comprendre les deux précédentes. Elle est empruntée à notre vie moderne et je l'appellerai la parabole de l'électroménager.
Je connais une personne qui, devant un appareil tout neuf, n'éprouve que de l'indifférence. Par contre, lorsque l'appareil est un peu cassé, que les contacts sont abîmés ou que la caisse ne marche plus exactement comme on l'attendait, la personne en question éprouve une sorte de joie indicible à se dire : "Je vais essayer de trouver l'origine de la panne et de réparer cette chose qui, apparemment, ne vaut plus rien." Et je comprends très bien le cœur de cette personne car, au fond, quand il n'y a qu'à appuyer sur le bouton, peut-être est-ce tout à fait satisfaisant car immédiatement ça marche, quand il n'y a qu'à appuyer sur le bouton, cela n'a pas beaucoup d'intérêt. Mais c'est précisément lorsque l'objet, l'outil, l'appareil est un peu abîmé qu'il faut tout un déploiement d'intelligence, d'astuce, d'adaptation, de sens de la réalité, pour que cet objet apparemment cassé ou perdu retrouve son véritable fonctionnement. Ce qui est intéressant, dans ce cas-là c'est que, à la fois, l'engin remarche, mais aussi que la personne qui l'a réparé arrive à y faire passer un peu de sa sagesse, de son intelligence et de sa compréhension de l'appareil auquel il s'est intéressé pour le réparer.
Je crois que c'est un peu comme ça qu'il faut lire les deux paraboles de la drachme perdue et de la brebis perdue. Pourquoi y a-t~il de la joie parmi les anges du ciel ? Ce n'est pas parce que la brebis est perdue ou parce qu'elle s'est perdue. Ce n'est pas parce que la drachme a été égarée dans un coin de la maison. Ce n'est pas parce que les pécheurs sont pécheurs. Mais c'est parce que le péché même devient manifestation de l'infini amour de Dieu, de cette finesse de l'amour de Dieu qui est capable d'aller rejoindre l'homme dans toutes les situations où il se trouve. Un peu comme le réparateur est capable d'aller voir ce qui cloche exactement dans la machine et de témoigner par là de la compréhension intime de ce qui s'est passé pour la mettre en panne. Avec Dieu, c'est la même chose. La joie des anges ce n'est pas la joie parce que les dégâts sont réparés, c'est parce que l'infini de la miséricorde de Dieu, qui n'a ni mesure ni limite, a été véritablement manifesté.
C'est cela la joie des anges pour le pécheur qui se repent, plutôt que pour les quatre-vingt dix-neuf qui n'ont pas besoin de repentir. Bien sûr que les anges sont aussi contents des justes qui n'ont pas besoin de repentir (non pas des justes qui croient qu'ils n'ont pas besoin de repentir car ce n'est pas l'idéal) mais ceux qui vraiment vivent de façon juste. C'est sûr que là il y a un motif de rendre gloire à Dieu. Mais quand la sagesse de Dieu se manifeste jusqu'à aller sauver ce qui est perdu, alors là, la Sagesse de Dieu se manifeste de façon encore plus étonnante et plus merveilleuse que lorsque l'homme a répondu sans trop de difficultés ou avec une très grande spontanéité.
Ainsi donc ces deux paraboles ne sont pas une justification du péché, mais elles sont au contraire la glorification de la sagesse de Dieu qui est plus grande encore que ce qu'on pourrait penser. La sagesse qui sauve, la sagesse qui vient au cœur même de l'humanité détraquée est une sagesse qui agit avec beaucoup de finesse, avec beaucoup de précision, avec une compréhension infiniment profonde du mystère même de l'homme, pour aller le rejoindre là-même où il est abîmé, là même où il est corrompu par le péché
C'est ce sentiment-là, cette action de grâces-là que nous devrions avoir dans le sacrement de la confession. Confession veut dire louange, cela ne veut pas dire raconter ses péchés. Cela veut dire : louer Dieu qui est arrivé à me retirer, moi pécheur, de telle ou telle situation. C'est exactement cela que signifie l'aveu des fautes. Non pas une sorte de regard masochiste sur les dégâts que nous avons commis, mais plus profondément un regard de louange et de bénédiction de Dieu qui, malgré ces dégâts, est venu dans sa sagesse me rejoindre là où j'étais tombé.
A travers ce mystère de la sagesse de Dieu, qui se déploie en toute intelligence et en toute profondeur pour aller rejoindre l'homme là où il est blessé, là ou il est perdu, demandons d'avoir soit pour nous-mêmes, soit pour nos frères, la joie des anges du ciel pour le pécheur qui se repent.
AMEN