L'ESPRIT IMPUR

Dn 8, 1-8 ; Lc 11, 14-26

(13 octobre 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

e ces trois petites péricopes que nous venons de lire, la dernière est celle qui pose le plus de problèmes. L'esprit impur qui se décide enfin à sortir de l'homme mais qui erre "dans des lieux arides" en quête d'un repos et qui n'en trouve pas, demande à revenir dans l'homme et il trouve la maison bien balayée et en ordre. Et non seulement il rentre dans cet homme, mais il appelle sept compa­gnons, pour faire un bonne fête.

Que signifie ce démon qui va et qui vient et qui revient plus nombreux ? Lors d'une conversion, lorsqu'une réalité qui nous empêchait de nous conver­tir se trouve guérie par la grâce de Dieu, nous pensons que notre maison s'en trouve donc balayée et de nou­veau en ordre. Cela n'arrive peut-être pas très souvent, mais c'est possible dans l'ordre de la grâce de Dieu, que les choses redeviennent dans l'ordre dans lequel Dieu les avait mises.

Mais chose curieuse pourquoi le Christ dit-il que, si le démon revient, l'état final de l'homme de­viendrait pire que le premier ? Je n'ai qu'une solution, mais qui nous permettra de lire le début du passage. Elle est assez simpliste, mais elle nous suffira pour aujourd'hui. Il me semble que cette maison bien ba­layée, elle est vide. De fait le Christ dit qu'on a bien bayé et mis en ordre, mais il n'y a rien dans cette mai­son. La seule façon de l'empêcher de se remplir de nouveau, c'est de la remplir par autre chose. Quand nous nous convertissons, quand nous bougeons un peu sur nos habitudes que nous trouvons parfois pas très bonnes, nous commençons par faire un peu le ménage puis à nous asseoir en nous disant "ça y est ! c'est arrivé !" Je crois que ce "ça y est ! c'est arrivé" est assez mauvais dans le sens que nous prenons un peu possession d'une chose qui ne nous appartient pas, car il n'appartient qu'à Dieu de nous guérir. Et vouloir contempler, dans notre fauteuil, au coin du feu, cette maison mieux rangée, consiste à prendre un peu pour nous cette chose qui est venue de Dieu.

En disant cela, je pense à ce signe que récla­ment les juifs qui entourent Jésus. En fait, quel est le signe vraiment efficace ? C'est Jésus Lui-même. Ils l'avaient devant les yeux et ils ne le voyaient pas. Or rappelez-vous l'aveugle-né dans l'évangile selon saint Jean : il reconnaît Jésus alors qu'il est encore aveugle. Voilà donc un aveugle qui, ne voyant pas, voit Jésus tel qu'Il est. Il y a donc en nous des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n'entendent pas, et nous préférons pouvoir contempler un signe extérieur qui nous mon­tre une direction, un "signe venant du ciel". Les car­tomanciennes, les prédictions d'avenir et autres choses semblables sont bien ces signes venus de l'extérieur. Mais sans aller si loin chez les voyantes, nous aimons bien avoir quelques signes extérieurs, trouvant dans la vie quelques petites histoires qui jalonnent l'entrée de Dieu dans notre propre vie. Etre chrétien c'est vivre une vie peut-être plus intérieure, et le signe pour pou­voir la reconnaître n'est pas à l'extérieur de nous, mais à l'intérieur.

C'est d'être habité par le Seigneur Lui-même qui nous permettra de le voir et de le contempler comme un signe efficace. Et de même, une maison bien remplie de Dieu ne verra pas les démons y reve­nir. Image peut-être bien simple sur laquelle je vous laisse. Je crois que le chrétien est celui qui se trouve habité par le Christ. Et celui qui ne cherche pas dans les mondes extérieurs les signes de la venue de Dieu mais qui sait, qui sent en lui comme la poussée effi­cace, totale de l'Esprit qui est cette vie qui opère, qui nous transforme et qui nous guérit, qui est ce don fait par Dieu d'être présent en chacun de nous.

 

AMEN