LES DERNIERS TEMPS

Ap 5, 1-10 ; Lc 17, 26-37

(17 novembre 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous avons toujours tendance à traduire en éléments imaginatifs la réalité même du mystère que le Seigneur nous dévoile à tra­vers la prophétie des derniers temps. Nous avons toujours envie d'y voir ces catastrophes et ces cata­clysmes parce que ce langage des étoile qui tombent, de cette venue soudaine comme l'éclair, tout cela sug­gère effectivement à notre sensibilité, à notre imagi­nation des visions qui nous terrorisent. Mais en ré­alité, s'agit-il bien de cela ?

Lorsque le Christ annonce la fin des temps, Il veut dire que, dès maintenant, notre temps est per­méable à la venue du Royaume de Dieu. C'est préci­sément une des attitudes de l'homme que de vouloir repousser le plus possible les échéances, de pouvoir se ménager "encore une petite minute, Monsieur le bourreau" comme demandait la future guillotinée. Mais en réalité, le problème n'est pas exactement ce­lui-là. Le problème est de savoir, il est de croire que chaque instant de notre temps a comme une sorte de porosité par laquelle l'éternité de Dieu, subitement, envahit notre cœur et notre existence.

C'est pour cela qu'on ne peut pas dire : "Le voici !" ou "Le voilà !" On ne peut pas le montrer à l'extérieur de nous-mêmes. On ne peut pas se figurer la venue du Royaume. On ne peut pas l'imaginer. La venue du Royaume, c'est ce moment de notre temps qui, tout à coup, est saisi de l'intérieur et comme brisé avec la force de l'éclair. La venue du Royaume, c'est aussi ce moment de surprise, comme lorsque le dé­luge s'est déclenché sur une humanité qui "mangeait, buvait et plantait et achetait." Cela veut dire que, dans le cycle du temps tel que les hommes l'aména­gent en essayant de lui donner sa plénitude, de lui donner sa consistance, tout à coup, cet ordre du temps, cette consistance du temps est brisée, pour être investie totalement par l'éternité même de Dieu. C'est à tous les moments la fin des temps, c'est à tout mo­ment que nous vivons ce mystère de l'irruption de l'éternité et du Royaume de Dieu dans notre cœur. Simplement, la plupart du temps, nos yeux sont aveu­gles et ne voient pas. La plupart du temps nous disons "Le voici !" ou "Le voilà !" pour le chercher ailleurs de l'endroit même où Il est.

Or là où Il est, c'est dans le surgissement de sa présence et de son salut, au plus profond de nous-mêmes.

 

AMEN