LA DIGNITÉ
Rt 3, 1-11 ; Lc 7, 1-10
(30 octobre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ardonnez-moi si je suis un peu léger, pourtant je voudrais parler de choses graves, en l'occurrence de dignité. Il y avait hier à la messe un petit garçon qui s'appelle Benoît qui, assis sur la gauche, était très observateur de ce qui se passait autour de lui. Je ne sais pas si Benoît vient souvent à la messe, malgré cela il faisait tout pour imiter à la perfection tous les gens qui l'entouraient.
Un détail absolument émouvant, charmant était qu'il avait disposé son petit manteau sur le tabouret de devant, bien rangé, et que tout le reste s'ensuivait : il fermait les mains quand les gens fermaient les mains, il s'agenouillait quand il fallait s'agenouiller, ouvrait les bras quand il fallait ouvrir les bras. Juste à la fin de la messe il y a eu un petit problème parce que le Père Peter Arnold s'est agenouillé tout seul. Benoît l'a suivi dans son enthousiasme, mais voyant que personne ne faisait de même il s'est relevé.
Benoît, avait conscience de la dignité de l'assemblée, de ce que nous célébrons ensemble et il faisait tous les efforts personnels pour se hisser à cette dignité qui, pour un enfant, consiste de fait à imiter les adultes. Je crois d'ailleurs que sa prière est authentique, elle est dans l'Église. Il avait parfaitement conscience que ce qui se passait ici était infiniment grand, et que cela le concernait, et qu'il fallait donc que lui-même se mette dans cette fête, qu'il se prépare et qu'il se rende digne de cette dignité.
Quant-à nous, nous pouvons nous poser la question de la dignité, de ce sentiment de préparation par rapport à l'eucharistie quand nous venons ici. Et dans l'évangile que nous venons d'entendre, le centurion est d'abord déclaré digne par les juifs, digne d'être sauvé. Ensuite lui-même se déclare indigne de venir auprès du Christ, et pourtant, il manifeste une foi extraordinaire que le Christ d'ailleurs admire, foi dans le salut de Jésus-Christ. D'une part, il est déclaré digne, il est préparé, en fréquentant le peuple juif, il a compris qu'un Messie allait venir, il était de ceux qui ayant goûté à la Promesse faite aux Pères, avait été conduit à savoir dans son cœur qu'un jour le salut viendrait. C'était, en quelque sorte la première dignité, celle de se préparer, celle de se savoir pris dans une Promesse qui consiste, effectivement, à reconnaître dans le Messie Celui qui doit nous sauver.
Puis, face à ce Messie, c'est le sentiment d'indignité qui l'emporte. Et le centurion ne se déplace pas, mais fait dire simplement à Jésus : "Dis une parole et mon serviteur sera guéri !" La Promesse est infiniment dépassée et rien ne peur l'égaler, aucune préparation, en ce sens que l'annonce du Christ dépasse toutes les annonces préalables, que cette promesse réalisée dans le Fils de Dieu dépasse tout ce que les prophètes et les patriarches avaient annoncé. Premièrement, une préparation, une ouverture du cœur, une annonce. De fait, Dieu ne fait jamais les choses soudainement. D'autre part la promesse est infiniment dépassée, et nous sommes de nouveau rendus indignes de ce que nous voyons, de la rencontre avec le Christ.
Deux attitudes peuvent se conjuguer. La première, c'est celle de l'attention à la préparation, de faire en sorte que nous soyons dans ce grand courant de préparation, d'attente du Christ. La seconde c'est de réaliser que, devant ce qui nous est donné, nous sommes parfaitement indignes et que Lui seul vraiment peut nous rendre dignes.
Nous allons le rencontrer. Nous allons le manger. Nous allons le boire. C'est Lui, le Christ notre Sauveur. Qu'Il nous rende dignes de cette eucharistie.
AMEN