LA PAIX
Rt 1, 1-10+16-19 a ; Lc 6, 27-38
(27 octobre 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN
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aix ! Paix ! Paix ! Mais il n'y a pas de paix" annonçaient déjà les prophètes de l'Ancien Testament. "Paix ! Paix ! Paix !" proclament tous les discours d'aujourd'hui, qu'ils soient du Nord ou du Sud, de droite ou de gauche, mais il n'y a pas de paix.
Puisque l'occasion nous en est donnée, il nous faut un instant méditer sur cette paix dont tout le monde parle, mais que si peu savent vivre. Pour nous, c'est à l'intérieur de la révélation de Dieu que nous devons méditer sur cette paix, afin d'apprendre chaque jour à en vivre. Non pas à en vivre avec les Américains ou les Russes, avec ceux du Nord ou ceux du Sud, mais entre nous, ici. Car la paix commence dans le cœur de chacun, dans son visage et dans ses gestes. Et je voudrais rappeler que le Christ, au jour de sa Résurrection, comme premier souhait, c'est-à-dire comme premier don annoncé aux apôtres leur a dit : "La paix soit avec vous !" en même temps qu'il se manifestait à eux comme Ressuscité.
Lorsque le Christ proclame : "La paix soit avec vous !" Il veut simplement signifier ceci : en ma chair ressuscitée, après avoir été écrasée par les forces du mal, en ma chair ressuscitée, se trouve la Paix. La paix en son origine comme en son terme. D'ailleurs, vous le savez, entre la prière du Notre Père au cours de l'eucharistie et la communion à la chair du Christ ressuscité, le mot de paix revient de très nombreuses fois. Je vous en rappelle les éléments.
"Délivre-nous de tout mal. Donne la paix à notre temps ! Je vous laisse la paix. Je vous donne ma paix. Que la paix du Seigneur soit avec vous ! Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix ! Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, donne-nous la paix !" Et la dernière parole de la célébration eucharistique : "Allez dans la paix du Christ !"
Pour nous, chrétiens, la paix c'est la présence du Christ, mort à cause de nos péchés, par nos péchés, la présence du Christ ressuscité qui vient, non pas simplement faire un discours sur la paix, mais qui vient être la paix en nous et par nous, pour le monde, au milieu du monde. Il nous faut donc bien saisir le sens d'une prière pour la paix, en tant que fidèles et disciples du Christ. C'est d'abord l'ouverture de notre cœur à la présence du Christ mort et ressuscité, aujourd'hui. C'est d'abord cela la prière chrétienne pour la paix. Que Dieu Lui-même ouvre notre propre cœur à la présence de Celui qui est venu annoncer cette paix, par l'Incarnation.
Au moment de la naissance de Jésus, les anges ont proclamé : "Gloire à Dieu et paix sur terre!" Et la dernière parole du Christ à ses apôtres : "La paix soit avec vous !" Nous sommes donc bien là au cœur du mystère de la paix, qui n'est pas d'abord, pour nous croyant l'établissement de relations politiques, diplomatiques ou économiques entre les états ou entre nous, mais qui est d'abord l'accueil, dans notre propre vie, du Christ mort et ressuscité aujourd'hui. C'est cela que nous célébrons maintenant, comme chaque fois, dans l'eucharistie. C'est pour cela que notre prière se fait d'abord accueil de la Pâque du Christ, et dans la mesure où nous l'accueillons en vérité, Lui-même, car Lui seul le peut, viendra dissoudre, dans notre propre cœur, tout ce qui est division, haine, jugement, critique, méchanceté, mépris, orgueil ou mensonge, toutes choses, dont nous le savons, qui ne servent jamais la paix véritable, celle qui vient de Dieu.
En célébrant l'eucharistie, nous sommes donc au cœur même de ce que tant d'hommes aujourd'hui, par le monde, tant d'hommes de toutes confessions vont demander, chacun à Celui qu'ils estiment être Dieu, l'Etre suprême ou le point focal de la dimension transcendantale ou religieuse de l'homme. Nous sommes, nous, au cœur de la prière, de l'intercession de tous les hommes d'aujourd'hui pour la paix. Si nous sommes au cœur de cette prière, c'est parce que le Christ célèbre pour nous sa Pâque aujourd'hui, et donc plus qu'une prière, c'est pour nous une exigence. C'est pour nous un appel, c'est pour nous un commandement. Et nous sommes, en tant que croyants, ceux qui devons être les plus engagés dans la réalisation de la paix véritable, c'est-à-dire de la présence du Christ mort et ressuscité au milieu du monde. Car si nous sommes son Église, nous sommes sa présence, et nous devons, par notre présence et notre vie, pouvoir dire aux hommes qui nous entourent : "La paix soit avec vous !" chacun à ceux qui sont auprès de lui. Et quand on dit "La paix soit avec vous !" on veut simplement signifier à l'autre que cette paix ce n'est pas le style de relations que je vais établir avec lui, mais c'est le souhait qu'il ouvre son cœur à la présence du Dieu véritable, donnée et livrée au monde pour sa paix et sa réconciliation, dans la mort et la résurrection du Christ.
Nous allons tout à l'heure manger cette Pâque. Nous allons tout à l'heure entendre dans l'Église et par elle la parole même du Christ aux disciples : "La paix soit avec vous ! Et nous allons échanger entre nous un signe de sa paix, pas la nôtre, elle est trop fragile et trop imparfaite, nous le savons très bien mais la sienne. Alors je vous propose que, aujourd'hui, simplement aujourd'hui, pas demain, à chaque jour suffit sa peine, que nous puissions vivre dans la paix du Christ, non pas avec tout le monde, je ne dis même pas avec tous ceux qui sont ici, mais simplement avec ceux à qui nous donnerons physiquement tout à l'heure le baiser de la paix du Christ. Je restreins, ce sera plus facile, il faut commencer par des choses simples et immédiates, n'est-ce pas ? Comment cela ? Tout simplement en ne pensant pas de mal de ceux à qui nous allons donner le baiser de paix, en n'entretenant pas dans notre cœur de critique, de méchanceté, de jalousie, de mépris. Parce que, si la paix vient de notre cœur, elle est surgissement de la présence de Dieu. Et cette présence de Dieu doit écarter tout ce qui est obstacle à cette paix. Alors, d'époux à époux, de parent à enfant, de voisin à voisin, de frère en frère, lorsque nous allons, tout à l'heure, nous donner le baiser de paix, faisons avec ces quelques personnes une vraie trêve de violence, de mensonge ou de guerre intime. Ainsi ce que nous allons célébrer pourra vraiment s'incarner en nous, et pas seulement être une prière, même pieuse, pas simplement être une intention religieuse, mais l'accomplissement dans notre propre chair, dans nos gestes, dans nos regards, dans notre cœur et dans notre pensée, de ce souhait du Christ : "La paix soit avec vous !"
Il ne s'agit pas de vouloir établir la paix universelle et démocratique pour tout le monde. Il s'agit d'abord, en tant que chrétiens, de la recevoir du Christ et de la vivre les uns avec les autres, ici et aujourd'hui.
AMEN