LUMIÈRE ET LAMPE

Jr 43, 4-12 ; Lc 11, 33-36

(25 octobre 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

es deux paroles que nous venons d'entendre, ces deux paroles du Seigneur qui sont ras­semblées par le motif de la lumière et de la lampe, contiennent en réalité toute une conception de l'existence chrétienne en face de la Parole de Dieu.

La première parole nous dit : "On n'allume pas une lampe pour la cacher sous un lit", mais on la place sur un lampadaire. Cela veut dire que celui qui a allumé la lampe c'est le Christ. Il est venu au milieu du monde. Et lorsqu'Il a allumé la lumière de la révé­lation au milieu de ce monde en sa propre personne, Il a donné à sa Parole et à sa personne un statut public. C'est le fond même, la raison ultime de l'existence de l'Église, sur le chemin de la terre, dans cette histoire : c'est qu'elle est tout simplement le chandelier la lu­mière de l'évangile posée sur le chandelier pour que tout le monde s'y éclaire et y reconnaisse la révélation de Dieu.

Cela veut dire aussi que nous ne rencontrons pas d'abord la Parole de Dieu dans une sorte de tête à tête personnel, fruit d'une enquête personnelle, d'une recherche personnelle, mais que, parce qu'elle a une existence publique, la Parole de Dieu vient à notre rencontre. Chacun d'entre nous a fait et fait quotidien­nement l'expérience de cette proposition publique de la lumière de Dieu, de la révélation de Dieu. Et si l'Église a une existence publique, si elle est un corps, si elle existe au grand jour et au grand vent, c'est pour une unique raison, pour proclamer, pour proposer à tout moment l'évangile comme lumière de Dieu pour ce monde.

Mais ensuite cela ne suffit pas. Il faut que cette lumière qui est allumée, qui est posée sur le chandelier qui est l'Église, il faut ensuite qu'elle entre chez nous. Et là, la comparaison est beaucoup plus déconcertante, car Luc nous dit : "La lumière du corps c'est l'œil". Cela veut dire que l'homme est en face de Dieu, purement et simplement un regard. Et que ce regard n'est pas simplement, comme nous le sentons la plupart du temps, une sorte de projection de nous-mêmes à l'extérieur pour capter ou étudier les choses, mais que ce regard est la porte de sortie de tout un regard intérieur qui vient du plus intime de nous-mêmes. Par conséquent si la porte, si la loupe, si le système optique laisse bien entrer la lumière, si c'est clair et simple, alors tout notre être en sera illuminé. Mais au contraire si notre regard est brouillé, tout notre être sera dans les ténèbres.

C'est aussi la deuxième expérience que nous faisons de l'évangile. Lorsqu'il est proclamé, proposé publiquement, il faut que par la porte de notre oeil et par la lampe de notre oeil, il en vienne à éclairer toute notre existence. Nous vivons dans l'Église pour deve­nir de plus en plus les lieux dans lesquels resplendit, jusqu'au plus intime, jusqu'au plus intérieur de nous-mêmes, de notre corps, de notre esprit, de notre cœur, cette présence et cette action vivifiante de la lumière de Dieu.

Et l'ultime moment de l'éclat et de la splen­deur de la lampe, ce sera précisément le moment où nous serons appelés par le Christ à ressusciter avec lui. A ce moment-là, notre œil sera tout entier lumière et notre être sera tout entier regard, et cette lumière et ce regard seront uniquement la lumière et le regard du Christ posé sur nous.

 

AMEN