GUÉRISON DU POSSÉDÉ GÉRASÉNIEN
Jr 39, 1-2+4-9 ; Lc 8, 26-39
(22 octobre 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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et épisode étrange du démoniaque gérasénien nous enseigne sur ce mystérieux combat qui se déroule à l'intérieur de nous-mêmes entre les puissances du mal et notre fidélité au Christ. Ce qui est étonnant c'est que l'homme ou plus exactement les démons qui le lient, sont capables d'identifier la venue du salut.
Dans plusieurs passages des évangiles, le moment de la libération des captifs du démon se solde toujours par une scène de reconnaissance. Ici c'est : "Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas !" Ceci touche à une des réalités de notre vie spirituelle qui est sans doute très importante. Dans tout ce qui en nous est lié, dans tout ce qui en nous est pécheur, dans tout cela nous reconnaissons que le salut vient parce que dans le statut de l'homme pécheur, dans le statut de l'homme lié par les puissances du mal s'inscrit déjà le fait que l'homme n'est pas fait pour cela, qu'il est fait pour une délivrance, qu'il est fait pour accueillir un salut. La reconnaissance de notre péché, la reconnaissance de ces liens qui nous tiennent, c'est déjà la promesse de la venue d'un salut.
Beaucoup de religions, beaucoup de cultures, beaucoup de systèmes de pensée ou de philosophie ont toujours eu pour tâche de nier le mal ou d'expliquer qu'il était comme les ombres au tableau quelque chose de nécessaire dans l'ensemble pour mieux faire ressortir les couleurs ou les projets des dieux sur le monde. La foi chrétienne n'a jamais dit cela. Dans la foi chrétienne, le mal ou le péché n'est pas quelque chose qui est là pour ajouter à la splendeur de l'ensemble, c'est quelque chose de foncièrement anormal, quelque chose qui, lorsqu'il est chassé, évacué ne sait plus où aller, comme ces démons qui demandent à aller dans les cochons.
C'est précisément ce mystère du mal qui rôde dans le monde mais qui n'est pas chez lui dans le cœur de l'homme. Et chaque fois que l'homme dans son péché se laisse interpeller par la grâce divine, il reconnaît son salut, il identifie son Sauveur. Dans notre propre vie spirituelle, dans notre propre recherche de Dieu, il y a toujours ces deux faces. Il y a toujours la face par laquelle nous reconnaissons que nous sommes pécheurs et que nous sommes liés. Mais cela ne nous conduit pas au désespoir, cela ne nous pousse pas à nous précipiter dans l'abîme comme les cochons. Au contraire, cela nous pousse à reconnaître déjà que le salut est venu, que cet état de péché et ces liens sont un état contre nature qui n'est pas normal. Et en réalité, c'est déjà la première promesse de l'aurore que de reconnaître que, étant pris par le péché, nous sommes en réalité, déjà, délivrés par la puissance même du salut du Christ.
C'est ainsi que dans le statut présent de notre existence notre vie se déroule cahin-caha. A la fois, nous sommes pris et à la fois nous sommes délivrés. A la fois nous gémissons parce que nous sommes liés et en même temps nos démons crient en nous : "Vraiment je sais qui Tu es, Tu es le Saint de Dieu !" Alors il faut que, dans notre propre vie, dans nos épreuves que peuvent être soit le péché que nous avons commis, soit aussi ces souffrances qui nous tombent dessus et dans lesquelles nous ne sommes apparemment pas pour grand-chose, dans toutes ces épreuves et dans toutes ces difficultés que nous traversons, notre regard de foi, notre regard de croyants c'est de savoir discerner que, déjà le Christ est venu, qu'il s'est manifesté et qu'il se fait déjà reconnaître au plus intime de nous-mêmes.
AMEN