DE QUI SERA-T-ELLE LA FEMME ?
Ap 5, 1-10 ; Lc 20, 27-40
(14 novembre 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ieu n'est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants. En effet, dans la Résurrection, tous vivent pour Lui." A travers ce petit exemple de morale qui tient un peu du vaudeville et que les Sadducéens posent comme problème à Jésus pour essayer de le prendre sur la question de la résurrection, c'est toute une conception de la vie dans l'au-delà qui est ainsi évoquée.
En effet, le raisonnement des Sadducéens est simple. Si le Royaume de Dieu n'est que la prolongation, comme il arrive parfois qu'on prolonge une ligne par un pointillé, si la vie du Royaume de Dieu au paradis n'est que la prolongation des relations humaines que nous avons eues sur la terre, il ne sera pas très facile de résoudre tous les problèmes qui se posaient déjà sur la terre. Pour la succession des maris de cette pauvre femme ce n'était déjà pas si simple, mais au fond, on pouvait considérer que la mort résolvait successivement le problème. Mais s'il n'y a plus de mort, alors "de qui sera-t-elle la femme ?"
Le Christ ne veut pas adhérer à cette vision des choses. Ce que Jésus veut dire c'est que le sens même de la Résurrection c'est Lui qui l'a apporté. Le sens même de la Résurrection c'est une vie nouvelle. C'est une vie dans laquelle le point de référence n'est pas notre monde tel qu'il va. Le paradis n'est pas une survie à travers le désastre de ce monde voué à la mort. Le paradis n'est pas le prolongement de notre existence sur la terre, comme nous le croyons trop souvent. Le Royaume de Dieu, c'est le fait que tout ce que nous sommes, sera désormais fondamentalement réorganisé en fonction de la vie même de Dieu, communiquée par la Résurrection de Jésus.
Par conséquent le point central de notre existence, le centre de gravité de notre être, de notre vie et de nos relations ce sera d'abord l'amour trinitaire. Et dans cet amour trinitaire, nous redécouvrirons mais d'une nouvelle manière que nous ne comprenons pas encore parce que nous voyons tout à la mesure de notre existence actuelle, mais dans cette existence dans le cœur de Dieu nous redécouvrirons toutes les relations que nous avons eues sur la terre en fonction même de la plénitude de l'amour de Dieu. Ceci, nous ne pouvons pas l'imaginer. En effet la plupart du temps nous avons tendance à croire qu'au Paradis nous serons un peu comme toutes ces statues alignées dans un porche d'église ou bien comme des cariatides au pied d'un temple grec et que nous serons tous côte à côte dans une sorte d'alignement sans avoir aucune relation les uns avec les autres mais toujours les yeux fixés sur Dieu.
En réalité ce n'est pas cela non plus que le Christ veut dire. Il veut dire que si nous sommes dans une plénitude de vie donnée par Dieu le Père en son Fils Jésus-Christ, chacun de nous nous sera redonné par Dieu Lui-même. Ce sera cela le mystère de nos relations dans le Royaume de Dieu. Ici-bas sur terre, nous tissons, nous construisons, parfois nous détruisons les relations entre individus, selon nos propres désirs, selon nos propres possibilités, nos propres capacités, selon notre affection, selon notre volonté, selon notre mauvais caractère aussi. Chaque fois, ce qui est la mesure des relations avec les autres c'est nous-même et l'autre qui est en face de nous. Mais précisément ce que le Christ veut nous dire c'est que dans la Résurrection, "tous vivent pour Lui" et que par conséquent la mesure même de nos relations fraternelles ce sera la plénitude de l'amour de Dieu, ce sera le Christ Lui-même qui nous donnera aux autres et ce sera le Christ Lui-même qui nous donnera la présence des autres, qui nous redonnera d'une manière infiniment nouvelle et infiniment renouvelée la présence même de ceux que nous avons aimés sur la terre.
Cette parole du Christ est pour nous un signe d'une très grande espérance. Aujourd'hui, sur la terre, nous vivons toujours dans la perception aiguë de la limite des relations qui peuvent exister entre nous. Nous cherchons toujours à nous aimer les uns les autres comme le Seigneur nous a aimés, mais précisément parce que nous sommes de pauvres pécheurs et que l'amour du Christ ne rentre pas totalement dans notre cœur, ces relations ont toujours quelque chose d'extrêmement limité et d'un peu juste. C'est la marque permanente de notre péché. Mais précisément, à partir du moment où Dieu sera tout en tous, alors tout le jeu des relations entre les individus ne sera plus simplement conditionné par ces individus eux-mêmes mais, par le jeu même de l'amour de Dieu dans le cœur de chacun d'eux.
AMEN