DIEU SEUL GUÉRIT
Ap 2, 1-7 ; Lc 17, 11-19
(30 octobre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e Christ va des parties marginales de Palestine, de la Samarie, de la Galilée vers Jérusalem. Il va des zones lointaines au centre de la vie du peuple juif, au cœur de la ville de Jérusalem où Dieu réside et où Dieu va manifester sa gloire, comme jamais Il ne l'a fait encore, à travers l'offrande de son Fils au jour de sa Pâque. Et cette route pascale du Christ c'est la route du salut de tous les hommes, ces hommes qui viennent non seulement du peuple juif, mais aussi des pays étrangers, représentés ici par un des dix lépreux.
C'est ensemble qu'ils approchent du Christ, tout en restant assez éloignés encore parce qu'ils sont lépreux. Et chacun va essayer d'établir avec le Seigneur une relation personnelle. Ils l'appellent : "Maître !" Ils Lui disent : "Jésus !" Et dans la démarche qu'ils vont faire, selon les prescriptions du Lévitique pour un lépreux, "se montrant au prêtre", ils vont être guéris, c'est-à-dire que cette maladie qui était avant tout conçue comme une maladie religieuse, comme un châtiment de Dieu, ils sont guéris et donc les prêtres les réintègrent dans la vie religieuse, dans la vie sociale du peuple. D'ailleurs puisque c'était un châtiment qui venait de Dieu, il n'y avait que Dieu qui pouvait le pardonner et donc il n'y avait que Dieu qui pouvait guérir de cette maladie de la lèpre.
Mais, sur les dix guéris, un seul revient. Un seul ne s'est pas contenté, non seulement d'être guéri, mais aussi d'appliquer la Loi. Un seul est revenu pour rendre gloire. Or ce seul lépreux guéri qui revient, c'est justement un étranger, quelqu'un qui n'est pas membre du peuple juif. Or ce qu'il fait là, en revenant vers Jésus, c'est ce qu'aurait dû faire le peuple juif : non seulement recevoir le salut et la guérison, mais en rendre gloire au Christ qui est le Sauveur, qui est le Rédempteur. Ce que le peuple juif, à travers ces neuf lépreux, n'a pas su faire, l'étranger, le païen va le faire.
Et ainsi Luc nous fait saisir que, désormais, dans ce mystère du refus du peuple élu et de la reconnaissance des étrangers au même salut, dans ce mystère est en train de naître ce que nous sommes aujourd'hui, l'Église. Car l'Église c'est cette part d'humanité qui a reçu le salut, qui a été guérie de son péché mais qui en rend gloire à Dieu. La première mission, la première vocation de l'Église, c'est d'abord de rendre gloire à Dieu. Elle est faite essentiellement pour cela. Composée de païens et d'étrangers, elle est le lieu où, dans le monde d'aujourd'hui, est célébrée la Pâque du Christ et le salut apporté pour tous les hommes, non seulement pour elle, mais pour les neuf autres, même s'ils ne l'ont pas reçu encore totalement. Le lépreux guéri qui revient c'est l'image de ce que nous sommes. L'Église de tous les temps doit rendre gloire à Dieu, c'est sa première mission, c'est son premier service. On dit parfois que l'Église est au service de l'humanité. Non ! L'Église est au service de Dieu. Elle reçoit sa vie et son salut de Dieu. Et sa première mission, c'est d'en rendre gloire par sa liturgie, sa liturgie communautaire ou la liturgie personnelle de notre prière.
Et c'est dans la mesure où l'Église donnera d'abord ce qu'elle doit à Dieu, c'est-à-dire l'action de grâces et la gloire, qu'elle sera, à ce moment-là, authentiquement et vraiment au service de l'humanité, pas avant. Car ce que l'Église a à donner à l'humanité ce n'est pas ce qu'elle est, ce ne sont pas ses idées, ce n'est pas son apostolat ou ses activités, c'est le salut de Dieu. C'est de lui manifester, au cœur même de sa vie, qu'elle est aussi sauvée, et qu'elle aussi doit un jour, entrer dans cette gloire de Dieu. L'Église n'a pas à aller au monde. L'Église va vers Dieu et, au cœur du monde, elle entraîne l'humanité vers la gloire de Dieu. C'est à l'humanité de rentrer un jour dans l'Église, et pas l'inverse. Et c'est une chose très importante, dont il nous faut régulièrement reprendre une conscience aiguë, pour ne pas faire de faux pas ou risquer de ne pas répondre à cette mission qui est la nôtre.
C'est d'ailleurs notre grandeur et notre fierté d'avoir été choisis, car ce n'est pas nous qui l'avons choisi, d'avoir été aimés par Dieu d'abord, car ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu le premier. C'est notre grandeur, c'est la fierté de l'Église qui est justement son service : service de la gloire de Dieu, pour manifester à l'humanité qu'elle est sauvée. C'est cela le service qu'elle doit lui rendre, et pas un autre, pas un service terrestre.
Alors, que ce lépreux guéri qui vient rendre gloire à Dieu nous rappelle quel est notre salut, quelle est notre guérison et quelle est aussi notre véritable mission pour le monde et pour les hommes d'aujourd'hui : de les faire entrer dans ce mouvement de la gloire de Dieu qui est l'Église. C'est pour cela que l'Église est la partie la plus progressiste de l'humanité parce que c'est elle qui est seule de faire progresser l'humanité vers son véritable bien, vers sa destinée ultime qui est de partager la vie de Dieu et de lui en rendre gloire, dès cette terre et pour l'éternité.
AMEN