LA BREBIS ET LA DRACHME PERDUE

So 2, 1-3 ; Lc 15, 1-10

(24 octobre 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous retiendrons de ces deux paraboles deux traits caractéristiques. Le premier c'est la persévérance de Dieu à la recherche du pécheur que nous sommes. Ce pasteur a abandonné tout son troupeau à la recherche de la bre­bis perdue et malade. Le Christ a laissé, le temps de sa vie sur la terre, l'assemblée des justes, l'assemblée des anges, pour venir chercher cette humanité qui s'était perdue. Et vous vous souvenez que la première parole de Dieu, après le péché de l'homme, c'est : "Adam, où es-tu ?" La recherche de Dieu vers celui qui s'était perdu a commencé le jour même de son péché, de son éloignement de Dieu. Et cet "Adam, où es-tu ?" le Christ, Parole de Dieu, le murmure chaque jour, pour chacun d'entre nous, tous les jours de notre vie, parce que chaque jour de notre vie nous nous perdons dans notre péché.

Dieu et son Christ ont dans le cœur ce désir, cette persévérance inusable de venir chercher ceux qui se sont perdus, et cela jusqu'à ce qu'Ils les aient retrouvés. Le Christ ne cessera jamais de vous cher­cher, de vous appeler, jusqu'à ce que vous soyez tota­lement et définitivement retrouvés, lorsque Lui-même vous fera entrer dans son Royaume.

Le deuxième trait c'est celui de la joie. Dans les deux paraboles, il est question de la joie du berger qui a retrouvé sa brebis, sa joie personnelle, la joie de son cœur, la joie de son œuvre, car s'il est berger c'est bien pour soigner ses brebis. Et la femme qui a perdu une drachme, quand elle rassemble ses amis, elle leur dit : " Réjouissez-vous avec moi !"

Le pécheur pardonné, c'est un baume de joie pour le cœur de Dieu. Le pécheur qui se laisse retrou­ver par Dieu augmente, si je puis m'exprimer ainsi, la joie de Dieu. Lorsque nous recevons le pardon du Christ c'est au plaisir de Dieu. Et cette joie de Dieu, cette joie du berger se répand immédiatement dans l'assemblée. Le pardon nous est donné personnellement, mais il a cette dimension extraordi­naire de réjouir tout le monde. Et même "il y a beau­coup plus de joie pour un seul pécheur qui se re­pent" que pour l'immense et innombrable assemblée des anges.

Ce sont des paroles dont probablement nous n'avons jamais mesuré la profondeur et le sens, parce que si nous les avions vraiment mesurés, nous ne pourrions pas encore nous soumettre au péché. Je le sais autant que vous, le sacrement de pénitence, la démarche de réconciliation est difficile, mais voyez-vous, il ne s'agit pas d'abord de se faire plaisir. Il ne s'agit pas d'abord de faire un geste parce que cela nous convient ou parce que, à ce moment-là, on sera prêt, ou parce qu'on en sentira le besoin. Cela c'est chercher des justifications dans notre propre cœur, et elle ne sont jamais tout à fait pures. Le sens profond, la raison d'être de ce sacrement, c'est la joie de Dieu, c'est le plaisir que Dieu prend à réconcilier les pé­cheurs. Je crois que cette seule raison devrait nous pousser davantage et plus souvent à demander ce par­don à Dieu, parce que nous le réjouirions et peut-être que c'est un des devoirs du chrétien que de réjouir son Dieu, que de répondre à son Créateur et non pas lui dire toujours qu'il est caché derrière le buisson de son péché et ne pas vouloir reprendre ce dialogue que Lui-même vient sans cesse renouer avec nous.

Et plus mystérieusement encore toute démar­che pénitentielle, toute conversion réjouit les anges et l'Église aussi probablement, parce que cette Église que nous sommes, qui a bien souvent un visage à la mesure de son péché, c'est-à-dire triste et désespéré, a quand même en elle ce jaillissement de joie qui vient de Dieu. Alors que ces quelques réflexions nous fas­sent retrouver de façon plus profonde, de façon plus régulière, de façon plus spirituelle et moins psycholo­gique, cette nécessité du pardon, ce pardon que l'Église, comme cette femme nous donne lorsque, au nom du Christ, le berger, elle allume la lampe de la miséricorde pour chercher dans notre demeure si sombre et si sale, cette grâce qui a été perdue et qui a été gaspillée parce qu'elle n'a pas été bien gardée.

Que le Christ Lui-même nous redise qu'Il vient nous chercher et qu'il ne nous quittera jamais, tant qu'Il ne nous a pas retrouvé et tant que ces re­trouvailles n'ont pas réjoui le ciel et la terre.

AMEN