L'HEURE DU RETOUR

Jdt 12, 10-20; Lc 12, 39-48

(9 octobre 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous connaissons l'heure du retour du maître. Nous connaissons cette heure et nous n'avons pas à dire dans notre cœur : "Mon maître tarde à venir !" Cela c'est un propos intérieur du serviteur vis-à-vis de lui-même, qui en profite d'ailleurs pour prendre les rênes de la maison, et comme il n'est que serviteur et ne sait pas gérer les biens, il se met à battre les autres, à boire, à manger et à s'enivrer. Nous autres, nous ne pouvons pas être comptés parmi ces serviteurs ignorants ou lâches. Nous ne pouvons pas dire : "Le maître tarde à venir!" Nous ne sommes pas dans l'ignorance de l'heure de son retour. Oui, certes, pour le moment de notre mort, c'est sûrement aussi à cela que fait allusion cet évan­gile. Mais le Christ revient à chaque instant de notre vie. Le Christ est là, présent en nous, et nous n'avons pas à gérer notre vie comme s'Il était absent. Ce serait un manque de foi qui nous entraînerait automatique­ment, peut-être pas dans l'ivresse, mais dans le boire et le manger, c'est-à-dire dans l'attachement aux cho­ses de ce monde. Nous sommes pourtant des servi­teurs endormis, parce que même étant chrétiens, même en pratiquant la foi chrétienne, nous attendons quand même son retour comme s'Il n'était pas là. Nous sommes endormis, nous n'avons pas les yeux ouverts sur la présence du maître, parce que pour l'instant, c'est vrai, c'est une présence discrète, voire secrète. Une présence qui ne se fait pas sentir ou rare­ment, en tout cas, une présence vis-à-vis de laquelle, en définitive, nous ne sommes pas obligés de répon­dre. C'est une présence que nous tenons souvent pour une absence. Or ce n'est pas le cas.

Alors que cette parole de l'évangile : "Mon maître tarde à venir !" nous réveille et nous apprenne ce que nous savons déjà : que le Christ est là, que son retour est permanent puisqu'Il ne nous a jamais quit­tés, et que la meilleure façon de nous préparer à son retour visible, lorsqu'Il nous appellera dans son Royaume, c'est de le recevoir chaque jour pour ce qu'Il est : la présence du Royaume qui nous est donné. Qui nous est donné pour notre joie, mais aussi comme un grand bien à gérer, à partager, à donner à tous les gens de notre maison, de l'Église. Nous avons reçu ce Royaume pour en vivre déjà, et c'est une manière de reconnaître et de proclamer que le Christ est déjà là parmi nous et qu'Il nous attire à Lui, que si, de fait, nous pouvons attendre son retour au moment de notre mort, il n'empêche que, sans cesse, nous nous réjouis­sons de sa présence incessante et c'est Lui-même d'ailleurs qui se charge de nous conduire, de nous ouvrir les yeux, de préparer notre cœur à ce retour final.

 

AMEN