ATTENDRE LE SEIGNEUR

Jdt 10, 20- Jdt 11,4 et Jdt 12, 1-9 ; Lc 12, 32-38

(8 octobre 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

N

 

ous commençons à nous approcher de la fin de l'année liturgique et le thème qui va pro­gressivement envahir toute la méditation de l'Église apparaît déjà aujourd'hui dans cette page d'évangile, c'est le thème de l'attente du Seigneur. Attendre le Seigneur, qu'est-ce à dire ? Plusieurs conseils nous sont donnés par Jésus en cette page d'Écriture.

Le premier conseil est d'être sans crainte. Quand nous pensons à la fin du monde, ou simple­ment à cette fin du monde personnelle que sera la fin de notre vie, nous sommes d'abord dans un état d'an­goisse, d'inquiétude et de crainte parce que nous ne mettons pas véritablement notre certitude et notre confiance en Dieu. Pourtant, c'est là le premier conseil du Christ : "Sois sans crainte, petit troupeau!" Certes, nous ne sommes que peu de choses. L'Église n'est qu'un petit troupeau et chacun d'entre nous n'est qu'un pauvre disciple du Christ. Pourtant, malgré no­tre petitesse et notre faiblesse, nous devons être sans crainte. Pourquoi ? Parce qu'il a plu à Dieu, parce que Dieu a mis sa joie, a mis son bonheur à nous donner son Royaume. Soyons sans crainte, non pas parce que nous sommes dignes du Royaume, mais parce que c'est la joie de Dieu de nous le donner. Et si Dieu veut nous donner son Royaume gratuitement, alors nous devons être dans l'attente joyeuse et dépourvue de toute inquiétude.

Le deuxième conseil que le Christ nous donne, c'est de vendre nos biens pour les distribuer en aumônes, c'est-à-dire de nous détacher progressive­ment de toutes les réalités de ce monde et non pas parce qu'elles n'ont pas de valeur, non pas parce qu'elles seraient laides ou mauvaises, mais parce que nous ne devons pas nous accrocher aux réalités qui passent, aux réalités imparfaites, pour être disponibles pour le Royaume des Cieux. Il faut nous faire, dit Jésus, "un trésor dans les cieux, là où il n'y a ni vo­leur qui dérobe, ni mite qui vienne détruire nos biens." Il faut placer notre cœur dans le ciel, il faut placer notre cœur dans le cœur de Dieu, par consé­quent ne pas mépriser les réalités de ce monde, ne pas non plus nous y attacher comme si c'était notre seul bien, notre seule certitude. Il faut que nous mettions notre confiance là où elle doit être c'est-à-dire dans le Seigneur.

Ne pas avoir peur, ne pas nous accrocher aux choses de ce monde, et encore ce conseil : "Que vos reins soient ceints !" Que veut dire cette image de la ceinture autour des reins ? Le Christ nous l'explique tout de suite. Si vous attendez le Maître, "à son re­tour, Lui-même se ceindra, Il vous fera mettre à table, et passant de l'un à l'autre, Il vous servira !" Se cein­dre, c'est donc revêtir le vêtement, le tablier du servi­teur, c'est donc se mettre au service du Seigneur et de ses frères. "Que vos reins soient ceints !" Soyez donc dans l'attitude du serviteur, dans l'attitude de celui qui ne cherche pas d'abord son intérêt, mais qui est tota­lement polarisé, motivé par le service de ses frères et de son Seigneur. Attendre le retour du Christ, ce n'est donc pas rester inactif, c'est se mettre au service de nos frères pour être, avec eux, au service du Seigneur, au service de la préparation du Royaume.

Enfin "que vos lampes soient allumées !" c'est-à-dire que votre cœur soit en éveil, non pas en­gourdi, non pas nonchalant, non pas somnolent, mais que notre cœur soit toujours sur la brèche. Précisé­ment parce que nous sommes comme des serviteurs qui attendent leur maître, nous ne sommes pas dans une situation de délai indéfini, nous sommes dans l'espérance, dans le désir, entièrement tendus vers ce retour du Seigneur. Et c'est pourquoi nos lampes doi­vent être allumées. Nous ne sommes pas dans l'obscu­rité pour nous mettre en sommeil, nous allumons no­tre lampe pour nous tenir éveillés, pour nous tenir sur le qui-vive.

Tous ces conseils du Christ se résument en un seul : "Que nous soyons habités par le désir du Sei­gneur". Si véritablement notre cœur est habité par l'amour du Seigneur, un amour qui désire, un amour qui attend avec véhémence, avec impatience, alors nous ne serons pas nonchalants et somnolents, alors nous serons actifs au service de ce Royaume qui vient, pour la préparation de ce Royaume dans notre cœur et le cœur de nos frères, alors nous n'aurons pas de crainte parce que Celui qui vient c'est Celui qui nous aime, alors nous ne serons pas attachés à ceci ou cela, à toutes sortes de choses dérisoires, insuffisan­tes, mais attachés à Celui qui mérite qu'on s'attache à Lui parce qu'Il est l'amour. Alors le maître qui revient des noces, c'est-à-dire le maître qui a épousé notre humanité, le maître qui s'est fait notre Époux viendra et se mettra Lui-même à notre service. C'est cela le Royaume, quand le Christ viendra nous introduire dans ses propres Noces et se fera notre serviteur, nous fera mettre à table et, passant des uns aux autres, nous apportera Lui-même les plats du Royaume.

C'est pourquoi nous sommes déjà dans le Royaume puisque tout à l'heure le Seigneur va nous inviter à sa table, va Lui-même nous servir, par l'in­termédiaire de ses ministres. C'est à cela que servent les ministres. Pourquoi y a-t-il des ministres ? Parce qu'ils sont l'image, la figure du Christ Serviteur qui vous donne la nourriture, qui vous invite à sa table, qui vous apporte de quoi manger et de quoi boire, manger son corps et boire son sang. Nous sommes déjà donc invités au Royaume, le banquet du Royaume commence : soyons sans crainte, ayons le cœur éveillé, soyons au service de nos frères, soyons détachés si ce n'est de l'unique nécessaire, le Christ.

 

AMEN