VOS NOMS SONT GRAVÉS DANS LES CIEUX
Jdt 7, 17-22 ; Lc 10, 17-24
(23 septembre 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le Ciel."
Lorsque les 72 disciples reviennent de mission, ils sont tout fiers comme des soldats qui ont accompli leur mission, ils sont tout fiers car ils ont vu l'efficacité de la Parole de Dieu, ils ont vu l'efficacité de l'invocation du nom de Jésus, ils ont vu des hommes délivrés de l'esprit du mal et ils en sont si heureux qu'ils viennent dire au Seigneur : "Cela a bien marché !" Et le Christ leur dit : effectivement, j'étais si proche de vous pendant votre mission, j'étais tellement au cœur de votre action que je voyais la face invisible de ce que vous contempliez de façon visible. Vous, vous voyez la face humaine de l'homme délivré, de l'homme libéré de la puissance du mal. Moi je voyais la face invisible de ce qui s'accomplissait par vos mains, "je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair." Ce n'était pas une vision de chair et de sang que Jésus avait à ce moment-là, c'était la vision même de l'accomplissement de l'invisible du Royaume au milieu de l'humanité.
Mais Jésus enchaîne aussitôt en leur disant : Cela n'est peut-être pas tout à fait l'essentiel : "Réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel." Et quand Jésus dit cette parole, pour Lui c'est une source d'une joie si profonde qu'immédiatement elle se déploie dans ce qu'on appelle l'hymne de jubilation : "Je Te bénis, Père, d'avoir caché cela aux grands et aux puissants et de l'avoir manifesté aux tous petits." Pour Jésus, plus que l'œuvre qu'avaient faite les disciples, plus que ce qu'ils étaient capables d'accomplir, Il avait vu leurs noms, Il avait vu leurs cœurs, Il avait vu ce qu'ils étaient. Et Jésus voyait que les 72 disciples accomplissant leur mission n'étaient pas simplement des exécutants, mais que la personne même de ses disciples, par Lui s'inscrivait dans le cœur de Dieu. C'est pour cela que, lorsqu'on célèbre les apôtres, l'on chante : "Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse car votre nom est inscrit dans les cieux." Cela signifie que, plus encore que ce qu'ont fait les apôtres, plus encore que l'évangile qu'ils ont proclamé, plus encore que leurs gestes prolongateurs des gestes sauveurs de Jésus, eux-mêmes ont été constitués colonnes, ils ont été constitués bases, dans tout leur être ils ont enraciné notre être dans la personne même de Jésus.
Alors, Jésus, découvrant pour ainsi dire, le mystère personnel de chacun de ses disciples, peut dire où est inscrit le nom de chacun d'eux : "Je Te bénis, Père, parce que leur nom est inscrit" dans notre relation. Les grands, les sages, les habiles, ceux-là, leur nom leur échappe et ils font que leur nom échappe à la connaissance du Christ. Le péché c'est tout ce qui peut, comme Adam et Ève au paradis, se cacher après la faute. Mais les petits, les humbles, ce sont ceux dont le nom est si petit, si humble qu'il n'a pas envie de se manifester par lui-même, alors le Christ, tout entier à ces hommes, tout entier à ses envoyés, manifeste que le véritable lieu dans lequel ils sont, la source à laquelle ils puisent tout ce qu'il leur faut pour agir et proclamer le Royaume de Dieu, c'est le cœur même de sa relation à Lui, Jésus, avec son Père. C'est pourquoi Il peut conclure : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez, car beaucoup ont désiré voir cela !" Mais désormais, quand vous voyez de vos yeux, quand vous entendez de vos oreilles ce n'est pas simplement d'un regard extérieur, mais ce sont des yeux et des oreilles qui sont plongées, illuminées, habitées par l'harmonie de la relation du Père et du Fils.
Voilà le mystère que Jésus a voulu révéler à ces hommes en ces jours-là et qu'Il nous révèle encore à nous aujourd'hui. Heureux nos yeux qui voient ce que nous voyons, heureuses nos oreilles qui entendent ce que nous entendons, car nous aussi, nous avons reçu cette grâce de savoir que, depuis notre baptême et de jour en jour, nos noms sont gravés dans le cœur même de l'amour trinitaire.
AMEN