QUELQUES FEMMES
Ba 5, 5-9 ; Lc 8, 1-3
(12 septembre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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I |
l ne faudrait pas lire et comprendre ces trois versets de façon quelque peu journalistique, comme s'il s'agissait d'une chronique sur un petit aspect de la vie du Christ en soulignant le nom des personnes qui L'accompagnaient. Si Luc a désiré que dans son évangile il y ait place pour ces quelques versets, c'est pour une raison beaucoup plus profonde qui tient au double mystère de la présence du Christ sur la terre et de l'Église, c'est-à-dire de nous-mêmes.
Le Christ marche à travers l'humanité, à travers villes et villages. Non seulement sa parole, non seulement ses gestes, ses miracles, mais Lui-même prêche, par sa présence le Royaume nouveau et Il l'annonce. Cette marche du Christ ne s'est pas arrêtée avec son départ terrestre. Il continue toujours à être là, au milieu des siens, aujourd'hui comme hier, et jusqu'à la fin du monde. Et c'est Lui et Lui seul qui prêche et annonce la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu qui se confond avec Lui-même.
Cependant, parmi ceux qui l'accompagnaient, il y avait deux sortes de personnages. Il y avait d'abord douze hommes, les apôtres, que Lui-même avait choisis parmi ses plus proches, qu'Il avait institués et qu'Il avait, à plusieurs reprises, envoyés. Envoyés d'abord au peuple d'Israël avant la Pâque, puis envoyés, après la Pâque, au monde entier pour annoncer et prêcher la présence du Christ au milieu des hommes et de l'histoire, en tant que bonne nouvelle du Royaume de Dieu. L'Église, hommes et femmes rassemblés, c'est l'Église des douze apôtres. Et qui que nous soyons dans l'Église, nous vivons de la foi des apôtres et nous avons à annoncer cette foi, cette foi apostolique. L'Église, à travers le monde, repose sur ces douze colonnes, sur ces douze apôtres et elle doit annoncer ce dont ils ont été témoins, ce dont le Christ les a chargés de dire, de manifester officiellement aux yeux du monde et de l'histoire. L'Église est apostolique parce qu'elle est fondée sur les apôtres, mais tout membre de l'Église, qu'il soit homme ou femme, est responsable de cette annonce du Royaume de Dieu aux autres. Il y a là, comme plus tard au ciel, ni homme ni femme. Tous baptisés, pour vivre et annoncer cette foi, même dans des ministères ou des services différents.
A côté de ces apôtres qui annoncent et qui préfigurent cette mission apostolique de l'Église, il y a ces femmes qui accompagnent le Christ. Or le trait caractéristique de ces quelques femmes, c'est que toutes ont été guéries d'esprits mauvais ou de maladies, non pas que les esprits mauvais ou les maladies ne touchent que les femmes. Dans l'évangile, nous le savons bien, il y a pas mal d'hommes qui, eux aussi, ont été délivrés, donc il ne s'agit pas pour l'évangéliste Luc de faire une sorte de racisme, de sexisme. Ce qu'il veut manifester ici, c'est quelque chose de beaucoup plus important et de beaucoup plus beau et qui concerne les femmes autant que les hommes : c'est un aspect complémentaire de celui que je viens d'évoquer. L'Église, communauté chrétienne composée d'hommes et de femmes, à la suite des apôtres, annonce la présence du Christ qui sauve, mais en même temps qu'elle annonce, elle doit recevoir cette annonce du Royaume de Dieu, elle doit ouvrir son cœur à la présence du Christ, elle doit reconnaître son péché, elle doit reconnaître que, elle aussi, est marquée, est brisée par les esprits mauvais et les maladies. Et cette Église a besoin d'être guérie pour accompagner le Christ dans l'annonce de la bonne nouvelle.
C'est cela que veut signifier la présence des femmes au-delà des circonstances ponctuelles de leur service auprès du Christ. A la suite des apôtres, l'Église annonce l'évangile, mais à la suite de ces femmes qui caractérisent un petit peu ce monde marqué par le péché à la suite de la première femme Eve, l'Église a besoin d'être continuellement guérie par le Christ. L'Église c'est à la fois Pierre qui confesse le Christ et Marie-Madeleine qui reçoit le pardon du Christ. Il y a dans l'Église ce double visage de la pécheresse qui a besoin de devenir épouse, et en même temps de l'apôtre qui continue à travers le temps et l'histoire à proclamer le Christ. Et ce double aspect doit être vécu par chaque chrétien, qu'il soit homme ou femme, peu importe.
Demandons au Christ cette grâce de ne pas faire de séparatisme avec l'évangile de ne pas mettre les hommes et les apôtres d'un côté, les femmes, les pécheurs et les pécheresses de l'autre, c'est complètement faux. Demandons-lui d'avoir cette lucidité intérieure pour reconnaître que tous, ensemble, nous sommes cette femme prostituée qui est appelée à la conversion, qui est appelée à reconnaître son Seigneur, à pleurer à ses pieds comme Marie-Madeleine pour recevoir la grâce de son pardon, afin d'être témoin de la résurrection et d'annoncer aux hommes, comme les apôtres, que le pardon de Dieu nous est donné et qu'il est déjà cette présence du Royaume qui guérit et qui sauve.
AMEN