LA FEMME COURBÉE
Rm 4, 20-25 ; Lc 13, 10-17
(20 octobre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Redresse-toi !
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I |
l y a dans le Nouveau Testament des miracles semblables aux petits bijoux que fabriquent les orfèvres : une très grande précision dans le travail, dans le récit et une certaine manière de tailler la pierre, de présenter l'événement qui fait que elle renvoie la lumière de façon extraordinaire. Ce petit récit de la femme courbée en est un. C'est une de ces merveilleuses petites perles, un de ces merveilleux bijoux magnifiquement taillés, qui sont l'œuvre de Dieu à travers ses évangélistes.
Dans ce récit, trois éléments. Le premier, cette femme qui est courbée. Luc nous dit que c'est un esprit, un démon qui la tenait ainsi courbée depuis dix-huit ans. A travers cette stature complètement voûtée, c'est l'image de l'homme avant la venue du Sauveur, qui est à la fois écrasé par toutes les puissances qui dominent le monde et qui ne peut plus se redresser pour regarder vers son Seigneur. Cette femme courbée est l'image de tout ce qui, en nous, est le vieil homme, c'est-à-dire tout ce qui, en nous, est soumis au monde et à sa convoitise, tout ce qui, en nous, est écrasé par le poids de la destinée ou par le poids de notre propre péché.
En face, le Christ. Le Christ qui, devant ce type de souffrance, n'attend même pas qu'on lui demande la guérison, parce que semble-t-il cette femme ne la demande pas. Quand le Christ voit l'homme soumis au poids du péché, quand le Christ voit l'homme écrasé par le poids de sa propre vie ou du destin et des puissances démoniaques qui pèsent sur lui, le Christ prend Lui-même l'initiative de guérir. Le récit de la guérison nous est expliqué simplement parce que, à partir du moment où la femme reçoit le signe libérateur du Christ, elle se redresse, elle se relève. C'est sa résurrection. C'est le fait que, désormais, avec le Christ, elle peut se tenir debout devant le Père, elle peut contempler Dieu face à face elle qui ne pouvait même pas lever le regard vers Jésus pour implorer sa guérison. La guérison qu'opère Jésus, à ce moment-là, est le signe de la puissance de sa Résurrection anticipée dans la misère de cette femme courbée sous le poids du démon et sous le poids ce de monde.
Et enfin, la récrimination du chef de la synagogue qui est très poli mais aussi un peu dangereux dans la réflexion qu'il fait, car au lieu de s'en prendre au Christ qui a Lui-même pris l'initiative de guérir, il reproche à cette pauvre femme d'être venue à la synagogue pour se faire guérir un jour de sabbat. Quand le Christ répond, il répond précisément par le fait que Dieu doit traiter les hommes avec autant de bonté et de miséricorde que, habituellement, les hommes traitent leurs bêtes de somme, leur bœuf ou leur âne. Ceci c'est pour faire comprendre au chef de synagogue le caractère tout à fait déplacé de sa réflexion. Mais on pourrait la prolonger en se disant qu'effectivement ce que le Christ a fait ce jour-là, ce n'est pas simplement obéir aux lois d'une sorte de nécessité, comme il faut bien conduire son âne ou son bœuf à l'abreuvoir pour le faire boire le dimanche, au lieu de rester à l'attache à la crèche. Mais il s'agit aussi de savoir qu'il y a plusieurs manières d'agir. Il y a celles qui ont pour but de faire face à la nécessité, c'est le travail, c'est le fait de porter secours à nos frères à travers toutes les différentes occasions de la vie, de se rendre service. C'est ce qui dans la tradition de l'Ancien Testament était considéré comme une œuvre servile, c'est-à-dire à la fois un service et une sorte d'obligation face aux nécessités de la vie quotidienne. Mais précisément, ce que le Christ veut bien faire comprendre, c'est qu'il ne s'agit pas simplement d'une œuvre servile. Car, à partir du moment où Il guérit, Il accomplit non pas une œuvre servile mais une œuvre de liberté. Il fait que cette femme puisse se redresser, c'est-à-dire être dans la pleine liberté que Dieu veut pour elle, qu'elle puisse se tenir debout, face à son Dieu, dans la puissance de la Résurrection, pour chanter et louer Dieu.
Ainsi, non seulement on ne pouvait pas reprocher au Christ de faire ce miracle le jour même du sabbat, mais d'une certaine manière c'était tout à fait bien que ce soit le jour du Sabbat qu'un tel miracle soit accompli. Car cela manifestait que les oeuvres libératrices de Dieu sont des œuvres libératrices pour le repos, pour le sabbat. Si cette femme courbée a été ainsi guérie, c'est pour entrer vraiment dans ce sabbat définitif qui est le repos et la paix de Dieu dans notre cœur. Préparons notre cœur à entrer dans le repos de Dieu. Que Dieu redresse en nous tout ce qui est retors tout ce qui est courbé, tout ce qui est du péché et qui pèse sur notre cœur, pour que nous puissions, par la puissance de son corps ressuscité, le regarder face à face.
AMEN