LA CONFIANCE QUE DIEU NOUS FAIT !

Ne 12, 27-32 + 36-40 a + 42 b-43 ; Lc 14, 25-35

(21 octobre 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Jérusalem : Tours de la citadelle de David

F

 

rères et sœurs, il n'y a pas que le ciel qui nous tombe sur la tête aujourd'hui, au jour où nous fêtons le jour anniversaire de la création du personnage Astérix, il y a aussi l'évangile qui nous tombe sur la tête. On ne peut pas dire que ce soit un évangile facile et agréable à entendre. Faut-il véritablement haïr tous ceux que nous aimons, faut-il abandonner tous ceux que nous aimons, et tous nos biens ? Et voilà qu'au milieu de l'évangile, Jésus se met à parler de quelqu'un qui s'asseoit pour regarder s'il a les moyens nécessaires pour construire une tour, s'il a les moyens nécessaires pour livrer bataille contre un roi Et on recommence à dire à la fin de ce passage : "Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens, ne peut être mon disciple".

Il faut peut-être lire le mot "renoncement" différemment. Je crois que chacun d'entre nous quand nous allons dans un magasin et que nous renonçons à une certaine somme d'argent en échange de produits de consommation, nous n'avons pas vraiment le sentiment de renoncer. Il se trouve que nous donnons quelque chose pour recevoir en échange ce que nous voulons. Cet évangile avec la clé de lecture qui est centrale, ne dit pas d'abord : il faut renoncer. La question c'est pourquoi ? pour qui ? sinon cela n'a aucun sens, et de fait nos contemporains peuvent être scandalisés vis-à-vis de ce Dieu qui nous fait renoncer à tout. C'est là que se trouve la clé de lecture de cet évangile. Pourquoi serions-nous amenés à "faire des sacrifices", ou à donner quelque chose en échange d'autre chose?

C'est là que nous arrivons petit à petit au centre de cet évangile où il est question d'intelligence et de raison. La personne ne va pas s'amuser à commencer ses fondations et à assembler trois pierres s'il n'est pas capable de terminer la tour. Le roi n'est pas assez idiot, on peut l'espérer, d'aller provoquer quelqu'un avec vingt mille hommes s'il n'en a que dix mille et s'il n'a pas des chances de gagner. Cet évangile fait appel à un autre passage que j'aime énormément, dans lequel Jésus dit à ses disciples : "Soyez innocents comme des colombes mais rusés comme des serpents". L'innocence que nous cherchons ou la grâce que nous demandons à Dieu ne nous dispense pas d'être intelligent et d'exercer cette intelligence et cette raison que Dieu nous donne.

Face à cet effroi qui nous saisit, d'abord Jésus ne dit pas qu'il faut haïr sa famille, il nous faut porter notre croix mais on se rend compte que ce n'est pas possible à la vue de ce que nous sommes. Nous restons là souvent en attendant que Dieu fasse tout à notre place. Alors que l'évangile nous rappelle que notre activité chrétienne de fils et de fille de Dieu consiste à opérer une coopération entre la grâce que Dieu nous donne et notre propre activité. Il ne faut pas croire que Dieu est censé faire tout de son côté. En écoutant cet évangile je me souvenais d'un article lu dans lequel on interviewait une des plus grandes fortunes mondiales, ce n'est pas Bill Gates, je ne sais plus qui c'était, mais quelqu'un qui dans le monde financier s'amuse à prendre des risques qui vont à l'encontre des flux financiers actuels. Cet homme disait : un bon père de famille qu'est-ce que c'est ? C'est quelqu'un qui va donner à ses enfants, ni trop ni trop peu. Ni trop parce qu'il en ferait des enfants pourris gâtés et l'on sait que dans certaines familles d'industriels, le grand-père a fait la fortune, le fils l'a dépensée, et le petit-fils sur la paille a refait la fortune. Il ne faut pas donner trop pour que l'enfant ne devienne pas feignant et ne se repose que sur son père. Mais il ne faut pas non plus donner trop peu au risque que l'enfant ne puisse pas partir avec un capital. Je crois que Dieu étant notre Père, nous donne cette grâce, ce capital et vous connaissez cette phrase de saint Paul qui dit : "j'ai prié et Dieu lui répond, ma grâce te suffit". Il est vrai que parfois de notre côté, nous aimerions un capital beaucoup plus important de la part de Dieu, et un investissement beaucoup moins important de notre part, parce que nous avons toujours peur de ne pas réussir.

Je voudrais pour terminer, revenir sur cette phrase : "porter sa croix". Que ce soient nos contemporains, même nous, nous avons du mal à avaler cette phrase. Pour nous, elle est même quelquefois le signe d'un certain échec de notre vie humaine ou de notre vie chrétienne. Or, quand le Christ nous invite à porter notre croix, il fait preuve d'une immense confiance vis-à-vis de nous. Il nous dit : ma grâce seule te suffit, je te donne ce capital de départ, et j'ai confiance en toi parce que je t'ai créé intelligent, avec des ressources. Cette grâce que je te donne doit venir influer et faire grandir cette intelligence qui est en toi pour que tu puisses toi aussi t'asseoir et vérifier si tu as tous les moyens pour construire cette tour, édifier ta vie, édifier ta famille, édifier l'Église. Ma grâce seule te suffit parce que tu vas aussi la manier avec intelligence et précaution pour battre le mal face auquel nous avons lutter chaque jour. C'est une grande confiance de la part de Dieu que de nous dire que nous sommes capables de porter cette croix et trop souvent nous refusons de porter. C'est non seulement une grande confiance, mais aussi notre propre glorification, non pas que nous avons à nous glorifier de la porter seuls, mais que Dieu justement nous fait confiance et que nous portons cette croix en termes de coopération, c'est-à-dire avec la grâce de Dieu, cette intelligence et cette raison que Dieu nous a donné et ce serait même un péché de ne pas faire grandir et fructifier.

 

AMEN