LE FESTIN DES NOCES

Ap 4, 1-11 ; Lc 14, 15-24

(7 novembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

uc est l'évangéliste de la miséricorde et aujourd'hui, dans cette parabole, nous en voyons une des manifestations les plus éclatantes. Ce qui est surprenant dans cette parabole c'est le fait que la miséricorde de Dieu ne se lasse jamais. C'est peut-être là-dessus que Luc veut manifester avec le plus d'insistance.

Dieu a prévu un festin. Il a lancé les invitations et la joie de Dieu c'est de voir tous les hommes réunis à son festin. Par conséquent, lorsqu'il envoie les messagers et que les invités se dérobent, Dieu ne peut pas se consoler du fait que son invitation et son appel n'ont pas été entendus. C'est alors qu'il procède à une sorte de retournement de la situation en disant : puisque ceux que j'avais invités n'ont pas voulu venir, je ferai venir tout le monde. Ce qui est intéressant, c'est que l'évangéliste précise : "les aveugles, les estropiés, les boiteux, ceux qui vivent le long des rues", c'est-à-dire ceux là-même qui, selon la Loi, n'ont pas toute l'intégrité physique requise pour pouvoir se présenter au Temple et donner des sacrifices de communion.

Le sens de la parabole est celui-ci : même si nous n'en sommes pas digne, même si dans notre cœur nous sommes écorchés, nous sommes à vif, même si par notre péché nous avons été blessés, diminués dans notre être, même si la relation avec Dieu a été abîmée ou brisée, c'est ce que symbolise le fait de ne pas avoir de demeure mais de vivre le long des rues, comme des gens sans gîte, sans feu ni lieu, malgré cela Dieu ne peut pas se lasser d'inviter, de faire miséricorde et d'intégrer tout homme dans la familiarité de sa maison et de l'inviter au festin.

Pour chacun d'entre nous, nous connaissons les blessures qui marquent le fond de notre cœur, ce qui, d'une manière ou d'une autre, nous a diminué dans notre existence, dans notre vie. Et souvent la tentation est grande de nous en désespérer et de ne pas vouloir continuer en pensant que nous ne sommes pas digne, que nous faisons toujours les mêmes fautes, toujours les mêmes péchés. Que cette parabole nous invite, précisément, à opérer ce jugement sur notre propre vie, sur notre propre cœur. Ce n'est peut-être pas par le côté que nous croyons le mieux apprêté, le plus digne, que nous serons invités par Dieu au festin de sa miséricorde, mais c'est peut-être précisément, par le côté le plus blessé, le plus abîmé, le plus souffrant que nous nous laisserons attirer par la miséricorde et par l'invitation de Dieu.

 

AMEN