LA VEUVE
Jon 2, 1-11 ; Lc 9, 1-9
(25 octobre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ans l'Écriture, il est souvent question des veuves. La veuve et l'orphelin c'est le critère de ceux à qui doit s'adresser notre charité. Pratiquer la religion pure, nous dira Saint Jacques, à la suite de l'ancien Testament, c'est assister la veuve et l'orphelin dans leur détresse. Et le personnage de la veuve qui apparaît souvent dans l'Écriture, c'est celui de quelqu'un à qui il reste très peu de chose, presque rien. Ce n'est pas le dénuement absolu, mais il reste très peu de chose.
Il y a la veuve de Sarepta qui n'avait qu'un tout petit peu d'huile et de farine pour une dernière galette pour son fils et pour elle, avant de mourir. Et le prophète Élie lui demande de lui donner le peu qui lui reste. Elle lui fait une galette, et voici que l'huile et la farine ne cessent plus de se multiplier pour nourrir la veuve et son fils tant que dure la famine. C'est aussi cette pauvre veuve dont Élie ressuscite le fils qui vient de mourir. Et précisément, l'évangile que nous venons de lire se réfère à ce passage puisque Jésus "rendit son fils à sa mère" c'est une citation explicite du livre des Rois où nous est raconté cet épisode de la vie du prophète Élie. Et puis, dans l'évangile il y a aussi la veuve qui n'a qu'une petite pièce de monnaie à déposer dans le trésor. Jésus qui vient de l'observer dit : "en donnant cette pièce de monnaie, elle a donné plus que tous les autres, car elle a donné tout ce qu'elle avait, tout son avoir tout son être alors que les autres, si grande que soit leur aumône, n'ont donné que leur superflu". Il y a aussi cette veuve qui demande au juge inique de lui rendre justice, elle qui était démunie de tout soutien et qui était obligée, avec ses forces si pauvres, de se débattre contre ce juge impie. Et aujourd'hui c'est cette veuve de Naïm qui n'avait plus que son fils et ce fils vient à mourir.
La veuve est le symbole de l'Église, de l'Église qui, elle aussi, est dans notre monde comme quelqu'un qui a très peu de choses. L'Église est veuve de son Époux puisque le Christ Jésus est retourné auprès du Père et que nous sommes dans le temps de l'absence. Nous vivons certes de son souvenir et aussi de la présence de sa grâce, de son eucharistie, mais L'Église ne peut pas étreindre son Époux, elle ne peut pas le voir de ses yeux de chair. C'est pourquoi, elle est veuve. L'Église est aussi très démunie car, aux prises avec le monde comme avec ce juge inique, elle a très peu de choses entre les mains, peu de pouvoir, peu de richesses, même s'il y a eu des époques où l'Église a pu laisser croire qu'elle était riche, ce n'est certainement plus le cas maintenant. Peu d'enfants aussi car il y a si peu de chrétiens dans ce monde où tant de gens pensent à toute autre chose. Et voilà que cet enfant unique, cette petite poignée ce petit reste vient à mourir. Même les enfants de l'Église que nous sommes, se mettent au service de la mort par le péché. Et l'Église pleure ses enfants qui l'ont abandonnée ses enfants qui ont laissé la mort envahir leur vie. Mais Jésus vient pour redresser les morts, pour redresser le fils de la veuve qui était mort. Redresser, c'est le même mot que ressusciter. Mettre debout en grec, a la même racine que ressusciter. Jésus vient ressusciter, vient remettre debout ceux qui sont tombés.
Il y a la résurrection de la vie corporelle, cette résurrection qui nous est promise pour le dernier jour et dont le miracle que nous relisons aujourd'hui est le signe avant-coureur, la promesse et l'assurance. Il y a aussi cette mort spirituelle du péché, et la résurrection de cette mort qui nous rend à notre mère l'Église. Cette résurrection c'est le pardon de Dieu, la miséricorde du Seigneur, c'est le sacrement de réconciliation. Nous voici encore en cette année de la rédemption amenés à ce thème qui est comme une sorte de fil directeur à travers tout l'évangile : le péché est une mort, mais la miséricorde de Dieu nous est ouverte comme semence de résurrection, résurrection de notre cœur, résurrection de notre âme pécheresse. Là aussi en annonce, en commencement en inauguration de la résurrection de notre être tout entier. Car si Jésus veut ressusciter notre cœur, notre âme, en nous rendant la vie par son Esprit, si Jésus veut nous retirer de la mort du péché, c'est dans un même mouvement qu'il arrachera aussi notre chair à ce pouvoir de la mort qui est le pouvoir du mal et qui vient aussi du péché, de ce premier péché des origines. Car le Christ veut sauver notre être tout entier, notre cœur, notre âme et notre corps. Le Christ veut sauver tout ce qu'il a créé car il a tout fait pour la vie et il n'a de cesse de lutter contre tous les poisons de mal, contre tous les ferments de mort qu'il y a en nous. En recevant la chair du Christ ressuscité, recevons la semence de la vie éternelle, de la vie de l'âme et du corps qui ne finit pas.
AMEN