BREBIS ET DRACHME PERDUE

Ga 5, 18-25 ; Lc 15, 1-10

Homélie du Frère Michel MORIN

L'herbe est meilleure chez le voisin

L

 

e Christ Jésus venait d'expliquer la parabole du festin messianique où il est dit que le roi invite à son repas tous les éclopés, les pauvres, les mendiants, les malades, tous ceux qui sont rejetés et qui vivent au bord des chemins, puisque les premiers invités n'ont pas répondu, manifestant ainsi que, si le peuple juif, dans un premier temps n'a pas encore répondu à cet appel, cet appel de Dieu demeure et il va s'étendre à toutes les nations.

Et c'est parce qu'Il a dit cela que des pharisiens, des scribes qui constatent aussi que Jésus va manger avec les pécheurs, l'accusent en disant : "Que peut bien être cet homme qui mange avec les pécheurs et qui fréquente les publicains ?" C'est dans ce contexte que Jésus leur donne une parabole. Une parabole qui est composée de trois textes dont nous venons d'en lire deux et qui sont bien connus : le premier c'est celui de la brebis perdue, le second celui de la drachme perdue et le troisième celui de l'enfant prodigue. Dans ces trois paraboles, il y a un seul enseignement.

Dans les deux petits textes que nous venons de lire, il y a la même conclusion et cette conclusion est amenée de la même manière. Au plan littéraire, ces deux paraboles sont construites de la même façon. Elles mettent en parallèle un certain nombre d'éléments qu'il est intéressant de constater.

Dans la première, il s'agit d'un homme qui est berger. Dans la seconde d'une femme qui est ménagère. Dans la première, il s'agit d'un homme qui est riche puisqu'il a un grand troupeau. Dans la seconde d'une femme pauvre puisqu'elle n'a que dix drachmes. Dans la première parabole, il est question du peuple juif, car elle fait référence au Juste Dans le second texte il n'y a pas de référence explicite au peuple juif, il n'est pas question de juste, car il s'agit de tous les hommes. Dieu ne fait pas acception des personnes, hommes ou femmes, pauvre ou riche, juif ou non-juif. Son salut et sa miséricorde sont pour tous. Et, qui que nous soyons, nous avons à recevoir de Dieu le même pardon, la même miséricorde.

Dieu n'attend pas que nous soyons revenus, que nous soyons guéris, que nous nous soyons retrouvés nous-mêmes, Dieu vient Lui-même, dans un désir ardent, dans un désir permanent nous chercher et nous retrouver. Il y passera s'il le faut tout le temps, tout le temps de notre vie. Et il le fera avec cette impatience de celui qui a perdu quelque chose d'important et qui va remuer ciel et terre pour le retrouver.

C'est la joie de Dieu que de chercher et que de donner ce repentir à ceux qui l'accueillent, à ceux qui le reconnaissent. Et nous le savons bien, c'est un petit peu une des tendances, un des accents de notre vie spirituelle, nous cherchons à partager la joie de Dieu, nous cherchons à vivre dans cette joie de Dieu, quels que soient les événements heureux ou malheureux de notre vie. Il y a là aussi une chose qu'il nous faut savoir donner à Dieu et qui est très importante, c'est la joie dont Il a besoin. Et cette joie, Il la prend en nous. "Il y a beaucoup plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se repent que pour quatre vingt dix neuf justes qui n'ont pas besoin de repentir." Notre repentir, ce n'est pas seulement de nous mettre en bonne conscience avec nous-même, c'est d'accepter la miséricorde de Dieu pour Lui donner cette joie. Et sa joie, même si elle n'est pas imparfaite, sera quand même totalement complète quand elle sera partagée avec tous les hommes. L'homme et la femme, quand ils ont retrouvé leur brebis ou leur drachme, rassemblent amis et voisines pour les faire entrer dans cette joie.

C'est le désir du cœur de Dieu et c'est à ce désir déjà, qu'aujourd'hui, dans le festin messianique de l'eucharistie, c'est à ce désir que nous allons répondre, c'est à cette joie qu'Il va prendre en nous que nous prendrons nous-même la nôtre en Lui.

 

AMEN