PLONGÉS, AVEC LE CHRIST, DANS LA PASSION
Ga 1, 13-24 ; Lc 12, 49-59
(20 octobre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ujourd'hui, dans l'évangile de saint Luc, Jésus reprend une nouvelle fois cette affirmation : "Quelle hâte n'est pas la mienne n'être baptisé du baptême pour lequel je suis venu." Il s'agit de sa Passion, comme le montre le contexte puisque Jésus avait dit auparavant : "Je suis venu apporter le feu sur la terre et combien je voudrais qu'il soit allumé !" et qu'Il dira par la suite qu'il sera non seulement en butte à la contradiction des hommes, mais qu'Il sera Lui-même un signe de contradiction, et que se déclarer pour le Fils de l'Homme divisera l'humanité et divisera même les familles.
Jésus, qui est venu pour nous plonger, pour nous baptiser dans l'Esprit Saint utilisant ainsi en un sens profond et spirituel l'image réalisée par Jean-Baptiste qui plongeait les foules dans les eaux du Jourdain pour les délivrer de leur péché, Jésus qui est venu nous plonger, non seulement dans l'eau, mais à travers le baptême nous plonger dans la présence même de Dieu, dans la présence vivifiante de Dieu, dans cet Esprit Saint qui Lui-même est présenté aussi comme un feu. Jésus nous dit donc que cette transfiguration de notre être par l'imprégnation de l'Esprit, de l'Esprit de Dieu dans lequel nous sommes plongés, ne peut pas se faire par le passage par sa mort, par sa passion. C'est à travers l'épreuve et le déchirement de la passion du Christ que nous est donné l'Esprit. C'est à travers cette épreuve et cette passion du Christ que nous pouvons entrer dans le salut.
Et cette passion du Christ, Jésus ne la vit pas Lui seul, nous aussi, nous devons avec Lui, entrer dans ce baptême de sa mort, de sa passion. Nous aussi, nous devons à travers notre adhésion au Christ, notre foi en Lui, vivre l'épreuve. Et cette épreuve, on ne peut pas en faire l'économie. Nous ne pouvons pas penser que nous pourrons être disciple du Christ, de manière visible comme une chose qui va de soi et qui se fait tout naturellement, avec l'assentiment de ceux qui nous entourent. Il est quelquefois difficile d'être chrétien. C'est certainement plus difficile que cela ne l'était dans un passé de chrétienté, et ce sera probablement plus difficile encore dans les temps qui viennent, puisqu'il est trop clair que la foi en Jésus-Christ est de moins en moins partagée par ceux qui nous entourent et que nous sommes de plus en plus des personnes un peu originales que nous sommes de moins en moins compris (Il suffit de lire la presse ou de parler avec des gens que nous rencontrons de façon habituelle pour comprendre à quel point cette foi est étrangère à leurs préoccupations, à la mentalité commune du monde dans lequel nous vivons). Que de parents savent combien il est difficile de transmettre ce secret profond de leur vie et de leur cœur, même à leurs propres enfants ! Combien où l'on ne peut pas partager dans la paix, dans la joie cette foi en Jésus-Christ, parce que, même des très proches ne comprennent pas et sont, semble-t-il, étrangers, à ce qui pourtant constitue le plus profond de notre existence.
Je crois qu'il est normal que nous vivions cette foi au Christ comme un combat comme une épreuve, comme quelque chose de coûteux. Car cela ne va pas de soi, cela n'est pas conforme à la nature des choses ou aux idées courantes du monde. Et adhérer à Jésus-Christ demande beaucoup plus qu'une simple adhésion intellectuelle, qu'une simple recherche paisible dans notre esprit, dans notre bureau de travail. Mais adhérer à Jésus-Christ, cela suppose un déchirement profond, et souvent un déchirement dans notre propre cœur. Car à cette division dont Jésus parle et qui nous oppose non seulement à nos contemporains mais qui risque de nous opposer même à des gens qui nous sont très proches, cette division nous oppose, au fond, à nous-mêmes. Car, dans le fond de notre cœur, nous sommes aussi des gens de ce monde, de ce monde d'aujourd'hui, de ce monde mondain. Et nous avons toute une part de nous-mêmes qui a du mal à adhérer à cet absolu de l'amour du Christ qui est la valeur qui l'emporte sur tout autre valeur, qu'elle soit la force, la puissance, la richesse ou l'intérêt. Nous avons du mal à adhérer à tout cela et il y a en nous cette lutte, cette division, ce combat. Mais nous ne devons pas éviter ce combat, nous ne devons pas nous plaindre, même si c'est difficile à certains moments, difficile à l'intérieur de nous-mêmes, difficile et peut-être plus douloureux quand c'est une incompréhension entre nous et ceux qui nous sont très proches. Nous ne devons pas nous plaindre parce que c'est une façon d'entrer dans le mystère de la passion du Christ qui fait partie intégrante de notre baptême.
Oui, être baptisé, c'est vivre douloureusement cette recherche du Christ, et si nous souffrons que tel ou tel, peut-être, ne connaissent pas ce Christ que nous aimons de tout notre cœur, cette souffrance fait partie de la souffrance du Christ, elle fait partie de la croix de Jésus, et elle fait partie aussi du salut de ce monde, et peut-être, plus particulièrement, du salut de ceux qui ne savent pas que Jésus-Christ est venu les sauver.
Alors, frères et sœurs, acceptons et entrons, avec courage, avec foi et avec simplicité, dans ce combat quotidien de la foi. Ne nous retirons pas peureusement comme si cela était trop difficile, et même si, à certains moments, nous souffrons jusqu'au plus profond de nous-mêmes, que nous sachions bien que cela, en union avec la souffrance du Christ, fait partie du salut du monde.
AMEN