LA VIGILANCE

Ga 1, 6-12 ; Lc 12, 39-48

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Jean de Malte : Reposoir du Jeudi-saint

L

 

es paraboles de la vigilance, de ce retour imprévu du maître qui revient des noces ou du maître qui vient inspecter sa maison, nous font toujours un peu peur. Je pense que c'est parce que, au fond de nous-mêmes, nous ne nous sentons jamais tout à fait prêts pour le jour de la visite. Ce n'est pas tellement le côté improvisé de la visite du maître qui nous inquiète, mais plutôt le fait que nous n'avons pas tellement à cœur de prendre véritablement la situation en main, et de nous dire que le maître peut venir à tout moment.

Pourtant, il y a deux aspects consécutifs à ces paraboles de la vigilance, sur lesquels je voudrais méditer quelques instants et qui pourraient peut-être nous aider à être davantage prêts. Le premier aspect, c'est la confiance de Dieu vis-à-vis de son serviteur. Le Christ est parti auprès du Père et son Église, Il l'a confiée à des serviteurs, pas seulement aux apôtres, mais à tout chrétien qui est chef et serviteur dans la mesure où nous nous servons les uns les autres, où nous nous aimons les uns les autres, où nous nous faisons serviteurs les uns des autres. Et à ce moment-la, ce qui me paraît très important, c'est de réaliser que Dieu nous a fait extrêmement confiance. Il nous a confié son Église. Il nous a confié son amour. Il nous a confié la vie propre du peuple de Dieu, pour que nous la tenions en nos propres mains, pour que nous gérions cette maison, que nous ne la laissions pas partir à vau l'eau, au gré des improvisations et des fantaisies de chacun. Mais, précisément, dans un esprit de service, parce que Dieu nous a fait confiance.

C'est dire que notre attitude de vigilance ne doit pas être simplement la peur du gendarme ou de l'instituteur qui revient dans la classe après s'être absenté pendant dix minutes, mais elle doit être plutôt le fait de savoir que nous devons être vigilants, c'est-à-dire attentifs à ce que Dieu a déposé entre nos mains. C'est redoutable parce que c'est très grave de savoir que, aujourd'hui, Dieu nous fait confiance à ce point. Alors, ce ne sera plus exactement de la peur, mais bien plutôt de la gravité devant l'importance de la tâche que Dieu nous a confiée.

Et le deuxième aspect, qui peut peut-être nous aider aussi, c'est de savoir que si Dieu nous a confié son Église, si Dieu nous a confiés les uns aux autres par le sacrement de l'amour des frères, il faut que nous sachions que la demeure ne nous appartient pas. Il faut que nous vivions la vigilance dans un esprit de dépossession permanente. Nous ne sommes pas les maîtres de la maison, nous somme simplement les gérants et les gestionnaires. Nous n'avons pas à nous comporter, dans la maison de Dieu, dans l'Église, en terrain conquis, en disant : "Moi je pense que, ou moi je veux que, ou ça se passera comme cela et pas autrement." Nous sommes serviteurs d'un bien qui nous est confié et qui ne nous appartient pas car il n'appartient qu'à Dieu.

Et là encore, c'est une raison supplémentaire d'être vigilant. Car si Dieu nous a confié quelque chose, c'est sûrement quelque chose de très précieux. Et si nous y allons avec nos grosses mains et nos gros sabots, nous risquons, à tout moment, effectivement, de dégrader la situation. C'est précisément ce que nous appelons notre péché. Et la vigilance doit être faite essentiellement de ce respect et de cette délicatesse devant la vie des autres, devant la souffrance des autres, devant l'amour des autres, devant les désirs des autres et devant les besoins des autres.

Voilà ce que nous apprend la vigilance. Essayons, au cours de cette eucharistie, de demander au Seigneur, qu'Il réveille en nous, à la fois ce sens de l'immense confiance qu'Il nous a fait et, en même temps, ce sens du dépouillement. Si Dieu nous a confié cela, ce n'est pas pour que nous le gérions à notre manière et selon nos idées, mais pour que, avec délicatesse et émerveillement, nous sachions voir les merveilles que Dieu nous a données nous a confiées.

 

AMEN