LA PAILLE ET LA POUTRE

Jb 6, 8-20+28-29 ; Lc 6, 39-45

Homélie du Frère Michel MORIN

V

 

ous savez, frères et sœurs, comme un seul cheveu peut brouiller notre regard et comment un petit grain de poussière, à peine perceptible, peut nous empêcher de voir en déformant l'objet que nous cherchons à regarder. Alors qu'est-ce que cela doit être d'un fétu de paille et à plus forte raison d'une poutre !

Cette image qu'emploie le Seigneur est forte et un peu caricaturale, c'est vrai ! Mais vous savez qu'une caricature c'est quelque chose qui n'est pas mauvais puisque cela permet de distinguer de façon plus forte, un trait que l'habitude ou la routine nous empêche de voir, ou un trait qui est caractéristique d'un visage, d'une réalité ou d'une chose. A partir de cette image un peu caricaturale de la poutre et de la paille dans l'œil, il faut essayer de discerner quel est le trait caractéristique que le Christ veut nous révéler aujourd'hui. Et il y a plusieurs leçons à cela. La première c'est que, de toute façon, nous voyons trouble. Paille ou poutre nous voyons trouble, c'est-à-dire que nous ne sommes pas capables, nous-mêmes, de porter un regard juste et d'apprécier, à sa juste valeur, un objet qui est en face. Cela est vrai pour les autres, et nous n'avons pas de difficulté à le croire, mais cela est vrai aussi pour nous-même, en tout cas, les autres le croient pour nous.

La deuxième leçon, c'est que, avec un regard trouble, nous sommes comme borgnes c'est-à-dire que nous ne pouvons pas prétendre conduire les autres, car pour conduire les autres il ne faut être ni aveugle, ni borgne mais voir clair. C'est la moindre des choses. Il n'y a que le Christ qui ait le regard clair. Il n'y a que Lui qui n'est ni borgne, ni aveugle. Car dans son regard, dans son cœur, il n'y a aucun trouble de mal, il n'y a aucun indice de malice, il n'y a rien qui vienne obscurcir la lumière qu'Il porte dans son regard, qui vient de son cœur et qui est la lumière même de Dieu. Il n'y a que le Christ qui n'est pas aveugle et il n'y a donc que Lui, et que Lui seul, qui peut nous guider et qui peut guider les autres.

Car, voyez-vous, cette image de l'œil et de la poutre ou de la paille est insérée dans un contexte de notre relation avec le Christ comme Maître. Le Christ est Maître, le Christ est guide. Il est Celui qui conduit. Imaginez facilement une cordée dans la montagne. Si le second ne regarde pas exactement ce que fait le premier, il tombera et il entraînera dans sa chute le troisième et le quatrième. Nous, nous sommes, vis-à-vis du Christ, en seconde position. Et notre regard ne doit pas s'occuper de ce que font ou ne font pas les autres en bien ou en mal, cela ne nous regarde pas, mais il doit être essentiellement centré sur ce que fait le Christ qui est premier de cordée. Nous devons ainsi imiter ce qu'Il fait. Nous devons faire en sorte que notre vie, nos pas, nos paroles, nos actes, nos regards ressemblent le plus possible à ce premier de cordée. C'est la seule façon de le suivre et d'arriver là où Il nous mène, surtout quand les chemins sont difficiles et ceux de la vie sont aussi durs et aussi risqués que ceux de la montagne, c'est évident et c'est parfois beaucoup moins beau.

Et lorsque nous sommes second et que nous suivons le premier, c'est la seule chance pour le troisième d'arriver lui aussi. Car le troisième regarde ce que fait le second. C'est cela, frères et sœurs, que nous devons essayer de vivre. D'avoir le regard toujours centré sur ce que fait le Christ qui est notre guide et notre Maître. Et à ce moment-là ceux qui nous suivent, ce sera pour eux la meilleure chance, un jour, d'arriver avec nous, en haut, au sommet où le Christ Lui-même nous accueillera.

Que cet évangile nous aide à purifier notre regard, de la lumière même du Christ car notre regard, notre cœur, et donc notre langage, ne peut être purifié que par la lumière du Christ, si nos yeux sont vraiment et uniquement centrés sur ce qu'Il fait.

 

AMEN