LES DOUZE

Jb 3, 1-13 ; Lc 6, 12-19

(9 septembre 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Christ et les apôtres

P

 

armi ses disciples Jésus en choisit douze. Douze, comme il y avait douze tribus en Israël, pour exprimer par là, que l'Église qu'Il va fonder sur ces douze, est l'Israël nouveau, l'Israël véritable. Douze, comme les douze patriarches qui sont les fils de Jacob et qui sont à l'origine de tout le peuple élu, pour manifester que l'Église, nouvel Israël, est le peuple choisi qui rassemblera la totalité de l'humanité, car ce qu'Israël symbolisait, signifiait, préparait, c'était ce rassemblement universel.

Douze qu'Il nomme apôtres, ce qui veut dire "envoyés". Et plus tard, Jésus dira : "Comme le Père M'a envoyé, Moi aussi je vous envoie !" Comme si un seul mouvement, jailli du cœur du Père, ce mouvement qui a donné le Fils unique au monde, se prolonge dans cet envoi par le Fils, des douze, des douze apôtres qui vont ainsi continuer sa mission, continuer son envoi, continuer sa révélation du Père. Car le Père avait envoyé le Fils dans le monde pour que le monde croie, pour que Celui que personne n'avait jamais vu, Dieu, son Fils le manifeste, ce Fils qui, nous dit saint Jean "repose dans le sein du Père et qui nous L'a révélé". De la même manière, les disciples révéleront le Christ, eux qui ont reposé dans la compagnie de Jésus et même l'un d'entre eux, le disciple bien-aimé a reposé contre le sein de Jésus, comme Jésus reposait dans le sein du Père.

Les colonnes de l'Église, nouvel Israël, envoyées au monde entier pour rassembler tout cet univers, ces douze, nous le voyons aussi dans l'évangile, sont jaillis de la prière de Jésus. C'est pendant qu'Il était en prière sur la montagne, et Luc nous précise qu'Il a passé toute la nuit dans la prière, qu'Il a, en quelque sorte laissé sa prière se confondre avec la totalité de cette nuit. C'est de cette contemplation, de ce face à face avec le Père, de ce ressourcement fondamental de Jésus dans l'amour du Père qui est toute sa vie, c'est de là qu'ont jailli les douze, les douze apôtres.

Quelle ne doit pas être notre dévotion à ces douze, à ces apôtres ! Ils. sont vraiment la base de notre foi, la base de notre communion, la base de notre rassemblement en Église. Il n'y aurait pas d'Église si Jésus n'avait pas institué ces douze pour en être les assises, pour en être les piliers. Et si, dans nos églises de pierre, dans ces édifices qui sont le signe, le symbole en même temps que le lieu de notre rassemblement, si dans ces églises de pierre il y a douze croix devant chacune desquelles est planté un cierge, c'est pour nous rappeler que les douze colonnes de cette église sont ces douze apôtres. De même que ces douze croix sur les piliers soutiennent l'édifice, ainsi les douze apôtres soutiennent tout l'édifice spirituel de l'Église.

Il faudrait que nous soyons des familiers de ces douze, qu'ils soient comme des amis, comme des frères aînés, comme des guides dans notre vie de chaque jour. Il faudrait que nous fréquentions leur compagnie, que nous soyons familiers de tous les détails de leur vie que l'évangile nous rapporte. Pierre, celui, plein de fougue qui a confessé le Christ Fils de Dieu : "Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ?" Pierre aussi qui a renié Jésus, mais que Jésus a pardonné et sur le reniement pardonné duquel Jésus a édifié l'Église, en en faisant le chef des apôtres. André, son frère, toujours attentif à conduire à Jésus ceux qui ne le connaissent pas encore, le premier à avoir suivi le Christ. Lui qui, précisément a amené son frère Pierre à Jésus, celui qui amène les Grecs, celui qui amène tous ceux qui veulent voir Jésus. Jacques qu'on appelle le Majeur, le premier à être martyrisé pour le Christ, celui qui a témoigné par son sang, qui a fondé l'Église dans son martyre. Jean le disciple bien-aimé. Philippe qui demandait à Jésus : "Montre-nous le Père !" Thomas qui a douté et qui a touché de ses mains les plaies et le côté transpercé du Christ après la résurrection. Matthieu, le pécheur, le publicain, cet homme d'argent, enfoui dans les péchés du monde d'où Jésus l'en a retiré. Jacques le Mineur identifié avec le "frère de Jésus", auteur d'un des épîtres que nous lisons dans les Écritures. Jude qui a écrit aussi une épître. Puis Simon et Barthélemy que nous connaissons moins. De Simon, nous savons seulement qu'il était un Zélote, donc un révolutionnaires qui voulaient chasser l'occupant romain. Barthélemy que certain identifient avec Nathanaël amené à Jésus par Philippe et qui a dit : "Tu es le Fils de Dieu le roi d'Israël !"

Voilà donc ces douze si divers, si différents, avec des tempéraments fougueux ou effacés ou pleins de tendresse. Ces douze dont la destinée est tellement diverse. Les uns comme Pierre et Jean ont laissé une trace ineffaçable dans l'histoire de l'Église. Les autres plus obscurs car nous ne savons même pas où s'est produite leur activité apostolique. Mais tous devraient être constamment présents à notre foi, à notre prière, car c'est eux que Jésus nous a donnés comme chefs, comme guides. Ce sont eux qui nous conduisent vers Lui, vers le Royaume, vers le Père. C'est sur eux que nous sommes appuyés pour tout ce qui est essentiel dans notre vie chrétienne.

Que cette page d'évangile fasse revivre et redonne de l'intensité à notre dévotion à l'égard des apôtres car cela fait partie intégrante et fondamentale de notre vie chrétienne.

 

AMEN