OU EST VOTRE FOI ?
Ap 3, 14-23 ; Lc 18, 1-8
(6 novembre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e Fils de l'Homme, quand Il reviendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ?" Je ne sais pas si vous avez été intrigués, comme moi, par cette réflexion du Christ ? Je la trouve à la fois consolante, mais en même temps terrible. En effet, il semble, d'après le contexte de la parabole que ce qui est le plus difficile et le plus spécifique de l'attitude du chrétien, dans le monde, c'est sa foi. Au fond, c'est comme si le Christ disait : Des braves gens, on en trouvera toujours. Même ce juge qui, en apparence était un homme fort mal disposé, finalement a rendu justice, d'une certaine manière, peut-être à cause de mauvais motifs, parce qu'il en avait assez d'écouter cette veuve, mais en fin de compte il lui a rendu justice. Seulement, ce qui est extraordinaire c'est que la veuve a cru qu'elle pouvait avoir gain de cause. Ce qui l'a emporté dans ce combat, c'est finalement la foi de la veuve qui n'a pas démordu, qui a tenu et qui s'est entêtée.
Quand le Christ dit à ses disciples : "Le Fils de l'Homme, quand Il reviendra trouvera-t-Il la foi sur la terre ?" Il signifie clairement que ce qui dans la vie de l'Église n'est pas le plus souvent menacé, c'est la charité, tandis que ce qui est le plus terriblement menacé, c'est toujours la foi. En effet, la foi a cette qualité, c'est qu'elle est sans ambiguïté et sans équivoque. Que voulez vous, la charité, ça peut partir d'une certaine manière dans tous les sens. Elle peut être une sorte de philanthropie, de bienveillance pour tout le monde, cela peut être aussi la véritable charité qui est d'aimer Dieu parce que c'est Dieu et d'aimer son prochain parce qu'il est la demeure de Dieu. Mais il faut bien l'avouer, dans notre propre comportement les choses ne sont pas généralement toujours aussi claires. Peut-être qu'après tout c'est tant mieux, puisque Dieu nous jugera sur l'amour, il n'y a que Lui qui connaît le secret de notre cœur.
Mais le Christ insiste en disant : "Trouvera-t-Il la foi ?" Est-ce que les chrétiens sauront vraiment vivre dans ce sens que toute leur vie, tout ce qu'ils font, tout ce qu'ils sont n'a de sens que pour et par rapport à Dieu ? à Dieu le Père qui nous a créés, à Dieu le Fils qui est mort et ressuscité pour nous, à Dieu Esprit Saint qui ne cesse de nous conduire, de nous faire entrer dans le Royaume de Dieu ? Là, il n'y a pas d'ambiguïté possible. Ou bien on croit vraiment, ou bien on se fabrique d'autres univers de pensée, d'autres manières de voir qui sont tout ce que vous voudrez, sauf la foi. Or et c'est cela sans doute qui est très important, c'est que saint Jean reproche la même chose dans l'épître que nous venons d'entendre à l'église de Laodicée. Curieusement, cette église était implantée dans une ville où l'on fabriquait du collyre pour les yeux. Laodicée était une ville de cure pour les yeux, où l'on fabriquait de la poudre qui n'était pas de la poudre aux yeux, mais de la poudre pour les yeux, ce qui est appelé un collyre. Saint Jean admoneste la communauté de Laodicée en lui disant : "Tu n'es ni chaude, ni froide, tu es tiède." En toi, il n'y a plus véritablement la foi. Il n'y a plus cet élan profond qui te tourne vers ton Dieu. Alors saint Jean recommande trois choses. C'est d'abord d'acheter de l'or auprès de Dieu. En effet, ces marchands de Laodicée s'étaient enrichis et se trouvaient fort bien. Ils trouvaient que dans leur communauté chrétienne ça n'allait pas si mal. Comme dirait l'autre : "Grâce à Dieu, ailleurs, c'était pire." Saint Jean leur dit : "Ce que tu crois avoir, en réalité, tu ne l'as pas. Parce que tu n'as pas la foi, tu te trompes sur ce que tu es toi-même." Ce qu'il faut retrouver, c'est d'abord la richesse de la présence de Dieu.
La deuxième chose que saint Jean lui demande pour qu'elle ait vraiment la foi, c'est de se laisser revêtir de beaux habits par Dieu, c'est-à-dire qu'elle porte le vêtement blanc, qu'elle ait en elle la grâce, la beauté et la joie. Dans la Bible, le vêtement, et ce devrait être la même chose pour nous, c'est ce qui manifeste une sorte d'exubérance de l'être, une sorte de joie profonde, non pas dans le sens d'une satisfaction, mais dans le sens d'une appartenance parce que précisément, ce vêtement, ce n'est pas nous qui nous le sommes taillé dès les origines, mais c'est Dieu qui nous en a revêtus. Et la troisième chose, c'est évidemment le collyre, c'est-à-dire que la foi doit être vécue avec lucidité. Une lucidité dont rien, d'ailleurs dans l'Écriture ne dit qu'elle doive être tranquille. Mais, une lucidité qui simplement, est le fait d'ouvrir les yeux sur le mystère de Dieu.
Au cours de cette eucharistie, nous demanderons d'avoir comme cette veuve, cette foi profonde dans la venue de Dieu. C'est le seul moteur de la vie de l'Église. Alors, à ce moment-là, nous saurons puiser l'or là où il se trouve véritablement, nous saurons nous laisser revêtir de la splendeur de Dieu et avoir cette lucidité qui ne vient pas de nous-mêmes mais de la présence de Dieu et du regard de Dieu en nous, cette lucidité qui précisément s'appelle la foi.
AMEN