LES TROIS PARABOLES DE LA MISÉRICORDE

Ne 12, 27-32+36-40+42 b-43 ; Lc 15, 1-10

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

N

 

ous voici donc entrés, par ces deux paraboles, de la brebis perdue et de la drachme perdue dans ce très grand chapitre de saint Luc sur la miséricorde de Dieu. Nous lirons ensuite la parabole du fils prodigue. Ces trois paraboles forment comme le cœur de l'évangile de Luc à tel point qu'on a pu dire que Luc était l'évangéliste de la miséricorde précisément à cause de ces trois paraboles. La plupart du temps, nous considérons que ces trois paraboles veulent dire la même chose, ce qui n'est pas tout à fait faux mais peut-être un peu approximatif. Nous aurions tendance à mettre sur le compte de la dureté de cœur ou la faiblesse de l'intelligence de l'auditoire de Jésus, le fait qu'il ait dû s'y reprendre à trois fois pour expliquer ce qu'était la miséricorde de Dieu. Il est vrai que nous-mêmes avons beaucoup de mal à le comprendre. Pourtant, il me semble que ces trois paraboles ont un aspect extraordinairement complémentaire.

Dans la parabole du fils prodigue, c'est la miséricorde du Père qui, dans son dessein, a donné l'héritage à ses fils. Et même si ses fils ne reçoivent pas bien l'héritage, même s'ils veulent en faire un mauvais usage, le Père est toujours prêt à les réintégrer dans l'héritage. C'est la parabole fondamentale de la miséricorde car toute miséricorde vient, précisément, du Père.

La deuxième parabole, celle de la brebis perdue, nous montre le berger. Le berger, c'est le Fils, celui qui vient dans le monde pour chercher l'homme qui est la brebis perdue et la réintégrer au troupeau des quatre-vingt dix-neuf autres brebis qui sont les anges. Le moment où se fait cette réintégration, c'est le moment même de l'Ascension, lorsque le Fils élève, dans son humanité et sur ses épaules, cette humanité perdue et l'emmène auprès du Père dans les cieux. Et c'est pourquoi il y a joie au ciel pour le pécheur qui se repent.

La troisième parabole, celle de la drachme perdue, c'est la miséricorde de l'Esprit Saint et de l'Église. En effet, il est question d'une maison, et cette maison c'est le monde, dans lequel nous sommes, tous, comme ces drachmes perdues, parce que la drachme c'est précisément la valeur marchande, c'est de la monnaie. C'est quelque chose qui porte en soi certaines possibilités de valeur et d'achat. C'est pourquoi ce n'est pas exactement la possession. La drachme c'est l'argent, c'est-à-dire le pouvoir d'accomplir quelque chose, le pouvoir d'acheter, le pouvoir d'entrer en relation avec quelqu'un et cela c'est l'homme, c'est l'humanité. C'est nous qui, même si nous avons été obscurcis et défigurés par le péché, gardons toujours ce pouvoir d'être transformés en enfants de lumière. La drachme, c'est aussi ce qui porte l'effigie. Dans l'antiquité, l'argent n'avait valeur que parce qu'il portait la figure de celui qui en authentifiait la valeur, généralement le prince qui faisait battre monnaie. Or nous aussi nous sommes la drachme car nous n'avons valeur que dans la mesure où est frappé, au plus intime de notre cœur, le portrait de Celui qui n'est pas un prince, mais qui est l'amour de Dieu fait chair. Et pour rassembler ces drachmes perdues, égarées dans la maison du monde, une femme s'est mise en quête de les retrouver. Cette femme, c'est l'Église c'est la tendresse de celle qui connaît bien sa maison, qui en connaît tous les recoins et qui connaît aussi toute la valeur de son trésor et tout ce qu'elle doit rassembler en son sein, dans son cœur et dans sa joie de mère. Cette femme qui balaie toute sa maison, qui la visite de fond en comble, c'est l'Église qui se répand aux quatre coins de l'univers et qui annonce la parole de Dieu pour rassembler toutes ces drachmes perdues qui portent en elles-mêmes l'effigie du roi.

Mais pour que cette femme puisse y voir clair dans les recoins de sa maison, il lui faut une lumière et c'est précisément l'Esprit Saint. C'est parce qu'elle se promène dans le monde avec le flambeau de l'Esprit qui a été déposé dans le cœur des disciples au jour de Pentecôte et qui ne cesse de descendre dans le cœur de chacun d'entre nous chaque fois que nous nous ouvrons à la présence de l'Esprit Saint, qu'à ce moment-là se révèle, comme dans cette lumière imperceptible et fragile de la lampe, ce petit reflet qui brille sur la drachme d'argent et qui nous révèle la présence de Dieu en nous, parce que l'Église s'est penchée sur nous avec son regard de mère et a essayé de reconnaître, en nous, les traits du Fils de Dieu, avec la lampe de l'Esprit faisant vibrer ce reflet secret qui est au fond de nos cœurs.

Voilà, l'explication trinitaire de ces trois paraboles. C'est le Père, source de toute miséricorde qui a envoyé son Fils, le bon pasteur pour nous chercher, et aujourd'hui, c'est l'Église qui se penche dans les recoins obscurs du monde, pour faire briller sur nous, sur notre visage, ces infinies possibilités d'amour que Dieu veut y mettre, ce petit reflet de lumière, c'est l'Esprit Saint qui fait jaillir en nous l'image du Dieu vivant.

 

AMEN