LA PORTE ÉTROITE

Ne 9, 1-3+5-8 ; Lc 13, 22-33

(23 octobre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Bethléem : Basilique de la Nativité - La porte étroite

C

 

e texte fait partie de ces grands textes de l'évangile qui nous font toujours un peu trembler. Au fond de notre cœur, nous avons toujours peur d'arriver quand la porte sera fermée. Et comme nous ne connaissons pas très bien le fond du cœur de Dieu, parce que notre connaissance est limitée et notre foi toujours trop petite, nous avons toujours un peu peur que Dieu, Lui non plus, ne nous reconnaisse pas et qu'Il nous dise : "En vérité je ne sais pas d'où vous êtes."

Pourtant, ce texte n'est pas là pour nous faire peur. Il est là pour nous faire découvrir où est le véritable chemin. Le Christ nous dit qu'il faut nous efforcer d'entrer par la porte étroite. Il n'y a qu'une porte, c'est cela le mystère du Royaume de Dieu. Il n'y en a pas d'autre. C'est celle-là même que le Christ explique ensuite, par des mot voilés à Hérode : "Il faut que demain je m'en aille et que, après je poursuive ma route". Cette porte, c'est la Pâque du Christ, c'est l'entrée dans la mort pour parvenir au Royaume de Dieu et recevoir, des mains du Christ, le denier de la Résurrection. Il n'y a pas d'autre chemin. Et si nous ne passons pas par cette porte, Dieu ne pourra pas nous reconnaître. C'est pour cela qu'Il ne sait pas d'où nous sommes.

Entrer dans la porte de la Résurrection, c'est être configuré au Christ, c'est devenir comme Lui, mourir avec Lui, et comme Lui, et ressusciter avec Lui et comme Lui. Il faut vraiment que chacun d'entre nous, nous devenions d'autres Christ, il faut que nous soyons fils dans le Fils. Et si nous n'acceptons pas d'être ainsi transformés de l'intérieur d'être ainsi conduits dans le chemin de la porte étroite qui est un chemin de mort et de résurrection, à ce moment-là, Dieu ne peut pas nous reconnaître parce que nous ne sommes pas configurés dans son Fils.

C'est cela le mystère même de notre existence. Si Jésus dit et avertit en termes pressants qu'il faut faire attention, ce n'est pas d'abord pour semer une sorte de panique générale au milieu de ses disciples et de tous ses auditeurs, mais c'est surtout pour leur dire : "Ne cherchez pas d'autre porte, ne cherchez pas d'autre chemin que celui que je vous indique, parce que si vous n'avez essayé de vous configurer vraiment à moi, comment voulez-vous être reconnaissables dans le Royaume de Dieu ? Tout au plus, vous serez, de loin, comme essayant de pénétrer par la porte, mais comme vous n'aurez pas accepté de vous laisser transformer, de vous laisser façonner par l'amour de votre Dieu, comment voulez-vous avoir suffisamment le goût de fêter les noces éternelles du Fils avec l'humanité ? "

C'est cela l'évangile. C'est le fait que nous est proposé de devenir, comme le Christ, dans le Fils. Et si nous n'avons pas envie de cela, si nous voulons nous fabriquer un salut à côté, avec nos propres idées, nos goûts, notre manière d'apprécier le problème et de l'envisager, et bien, un jour, Dieu ne pourra pas nous reconnaître. Il ne saura vraiment pas qui nous sommes. Nous serons comme fardés, défigurés par nos péchés, par tous ces faux appâts que nous aurons essayé de nous accrocher, à notre âme, à notre cœur, et à notre être. Et cela ne sera que mensonge. Comment voudriez-vous que Dieu nous reconnaisse sous un masque de mensonge ?

Voilà ce que c'est que notre foi. Voilà pourquoi, nous devons sans cesse, demander très simplement au Seigneur qu'Il nous mette devant la porte étroite et que nous frappions, et que nous demandions au Christ de nous transformer, de nous configurer sans arrêt à Lui. Il n'y a que Lui qui peut nous faire entrer par la porte étroite. Il n'y a que Lui qui peut nous ouvrir toute grande sa miséricorde. La porte étroite c'est simplement de faire craquer toutes les limites et tous les masques dans lesquels nous voulons enfermer notre cœur.

 

AMEN