VOUS AVEZ ENLEVÉ LA CLÉ DE LA SCIENCE
Ne 3, 33-38 ; Lc 11, 33-51
(10 octobre 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

La Trinité : Où est la clé ?
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'est la deuxième fois dans l'évangile de Luc, que Jésus a maille à partir de façon ouverte avec les autorités juives, avec les docteurs de la Loi, les légistes. La première fois c'était à propos d'une question de jeûne. Cependant ce texte est encore plus fort dans cette avalanche de malheurs destinée aux pharisiens, aux docteurs de la Loi, mais qui retombe aussi sur tout le peuple, sur toutes les catégories du peuple juif jusqu'aux légistes.
Qu'est-ce que cela veut dire, pour nous, aujourd'hui ? Si vous voulez, c'est simplement à partir de cette expression que je voudrais réfléchir avec vous sur le sens de ce texte : "Malheur à vous, les légistes parce que vous avez enlevé la clé de la science, vous-mêmes n'êtes pas entrés et ceux qui voulaient entrer, vous les en avaient empêchés."
Le grand malheur des pharisiens, des scribes et docteurs de la Loi, c'est d'avoir fait du don de Dieu, exprimé dans la Loi, une chose, c'est de l'avoir "chosifié", c'est d'en avoir fait leur propriété, sur laquelle ils avaient un droit, un droit pour eux et une droit encore plus fort qu'ils imposaient aux autres. Ils ont fait de la Loi une chose, quelque chose de légaliste avec une interprétation casuiste, essayant non seulement de l'accomplir pour eux, ce qui est la moindre des choses, mais de l'imposer aux autres et même d'en imposer davantage, d'imposer des dîmes, d'imposer des ordonnances qu'eux-mêmes ne vivaient, ne touchaient même pas d'un doigt selon l'expression de l'évangile. Ils ont accroché ce qu'ils pensaient être l'amour de Dieu à l'amour d'une chose, à l'amour de quelque chose qu'ils ont fait pour eux-mêmes, en détachant cela de son origine qui était l'amour de Dieu. C'est pour cela qu'ils ont fini par appliquer la Loi sans aimer Dieu, sans appliquer sa justice. Ils ont mis la lumière sous le boisseau. Eux-mêmes n'en furent pas éclairés et ceux qui cherchaient cette lumière sont restés, à cause d'eux, dans les ténèbres.
C'est cela que Jésus reproche de façon si violente aux scribes, aux légistes, aux docteurs de la Loi : d'avoir pris Dieu peut-être pour quelqu'un de bon, mais de s'être accaparé ce que Dieu voulait donner à tout homme, à travers la Loi, à travers leur propre enseignement. Et la conséquence de cette attitude, c'est "Malheur à vous !" cinq ou six fois répété avec force. "Malheur à vous" parce que vous aviez reçu la lumière que vous ne vous êtes pas laissé éclairer par cette lumière et surtout que votre attitude a empêché vos frères de recevoir la lumière. Il n'y a pas en vous d'amour de Dieu, parce que l'amour que vous avez est attaché à une chose. Or une chose, fut-elle la Loi, est périssable et caduque et votre amour disparaîtra avec cela. Il n'y a en cet amour rien d'éternel.
Frères et sœurs, nous-mêmes, nous avons parfois tendance à faire de la Loi, de la religion, de notre lien avec Dieu, une chose qui nous appartient, que nous possédons, que nous voulons interpréter à notre mesure et en cela même, nous empêchons que cette lumière illumine vraiment notre cœur et atteigne le cœur de nos frères. Nous aussi parfois, nous sommes comme ces docteurs de la Loi, ces légistes, nous mettons notre amour trop souvent dans une pratique, selon notre guise, selon nos critères, selon nos estimations et nous oublions que nous sommes d'abord, en lien avec Quelqu'un. Malheur à nous aussi, si nous mettons notre amour dans une chose, fut-elle religieuse ou chrétienne et pas en Dieu, car lorsque cette chose cessera, notre amour cessera aussi.
Que cette eucharistie, que ce sang versé par le Christ pour le pardon de tous nos péchés, pour cette alliance nouvelle et éternelle qui n'est plus une Loi, mais le cœur, la chair et le visage de Dieu, nous aide à fonder notre amour uniquement en Dieu, afin que dès aujourd'hui et pour toujours il soit éternel pour nous et pour nos frères.
AMEN