C'EST LA FOI DES AUTRES QUI NOUS SAUVE
Esd 5, 1-17 ; Lc 7, 1-10
(22 septembre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Capharnaüm : décoration romaine
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'il est une des réalités de notre vie chrétienne que nous manifeste ce récit, et à laquelle on ne pense souvent, c'est celle-ci : plus souvent que l'on ne pense, c'est la foi des autres qui nous sauve. En effet, la plupart du temps, nous sommes tellement habitués à envisager nos rapports avec Dieu comme une affaire purement personnelle. Nous le prions. Nous croyons en Lui. Nous demandons pour nous des bienfaits ou des grâces que nous souhaitons nous voir accorder. Mais à ce moment-là, tout se passe comme si toute notre vie de foi, toute la vie de la grâce n'était qu'une pure affaire entre nous et Dieu.
Or, ce qui est frappant dans ce récit, c'est le nombre des intermédiaires. Le principal bénéficiaire de cette demande, c'est quelqu'un dont on ne parle presque pas, en tout cas il ne dit pas un mot dans le récit, c'est le serviteur esclave du centurion. Le centurion est celui qui manifeste cette très grande foi, si grande que le Christ n'en a jamais vu de pareille, mais il n'ose pas l'exprimer par lui-même. Il la fait exprimer par les membres du peuple juif, car il ne se considère pas digne d'aborder Jésus. Et enfin il y a cette double dérogation des notables juifs de Capharnaüm qui viennent voir Jésus en l'implorant et en disant : "Il convient que tu accordes cette grâce car il a collaboré à la construction de notre synagogue". Il y a ensuite cet émissaire qui vient manifester cette parole admirable de foi du centurion : "Je ne suis pas digne que tu te déranges, car moi-même qui ne suis qu'un pauvre soldat un subalterne, la puissance de ma parole fait que mes serviteurs m'obéissent, à plus forte raison la puissance de ta parole".
Tout cela signifie simplement qu'en réalité, souvent sans que nous nous en rendions compte, nous sommes comme enserrés dans tout un réseau de foi, d'intercession, de prière et d'amour et ce réseau nous porte et nous ne le savons pas. La plupart du temps, tout le bonheur qui nous est donné, toutes les joies qui nous sont accordées, toutes les grâces dont nous sommes comblés, nous ne nous rendons pas compte que ce sont d'autres, des inconnus ou des gens connus qui nous aiment et qui prient pour nous, qui les obtiennent pour nous. Cela fait partie de cette élégance de Dieu et de la discrétion de son amour. C'est qu'Il veut que chacun d'entre nous collabore, participe au don de la grâce. Et lorsque nous prions, lorsque nous croyons, j'allais dire, c'est autant pour les autres que pour nous-mêmes. Et gare à nous, si nous ne croyons que pour nous, si nous ne prions que pour nous ou si nous n'aimons que pour nous.
Saint Augustin disait qu'il fallait toujours prier pour les autres, d'abord pour les autres, et éventuellement, s'il nous restait un peu de temps, un peu pour nous. Je crois que c'est très vrai. C'est dans la mesure où nous savons ouvrir notre cœur à la dimension de l'amour d'autrui, et où nous savons être les serviteurs et les esclaves les uns des autres, dans cette très grande discrétion, et prier pour le bonheur des autres, et nous émerveiller du bonheur des autres, qu'à ce moment-là, Dieu nous donne cette grâce infiniment précieuse, c'est de nous accorder ce que nous demandons à cause de la grandeur de notre foi. Car alors ce n'est pas pour nous que nous l'aurons demandé, mais c'est pour ceux que nous aimons. C'est ainsi que Dieu nous aime, et c'est ainsi que nous devons nous aimer les uns les autres et que nous devons nous porter les uns les autres, par notre foi.
AMEN