FILS CADET FILS AÎNÉ

Dn 12, 1-4+7-10+13 ; Lc 15, 11-32

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'enfant prodigue

N

 

ous le savons bien, cette parabole du fils prodigue est inépuisable parce qu'au fond elle résume en elle-même toute l'histoire du salut : Dieu a pardonné à l'humanité. J'aimerais simplement ce matin, essayer de voir avec vous, comment nous sommes à la fois des fils aînés et des fils cadets. Je crois qu'une des choses les plus criantes de notre vie, c'est que nous sommes très souvent des fils cadets, que nous demandons la part d'héritage qui nous revient, nous disons purement et simplement à Dieu que cette vie, qu'Il nous a donnée, nous voulons la vivre et l'arranger à notre goût et à notre manière pour la vivre sans Lui. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus glorieux dans notre existence, mais ça arrive plus souvent qu'à son tour.

Ce en quoi je pense il nous faut ressembler à ce fils cadet, c'est que, lorsque nous sommes réduits, à force de n'avoir voulu à en faire qu'à notre tête, lorsque nous sommes réduits à garder les cochons et à ne pas pouvoir manger même ce que mangent les cochons, lorsque notre péché nous a fait entrer dans une telle misère, dans une solitude et dans un isolement tels qu'ils nous deviennent insupportables, ce en quoi il nous faut imiter le fils cadet, c'est de nous souvenir du bonheur profond qu'il y a à vivre auprès de notre Dieu. C'est cela qui a bouleversé le cœur de ce prodigue. C'est cela qui devrait bouleverser notre cœur. Le seul motif pour lequel nous devrions nous convertir, ce n'est pas pour améliorer notre vie comme s'il fallait parfaire et fignoler ce personnage spirituel idéal auquel nous voudrions correspondre, le seul motif de nous convertir, c'est qu'il y a toujours, où que nous en soyons de notre péché et de l'oubli de Dieu, il y a toujours cette présence secrète, cette voix secrète qui nous dit : "Reviens vers le Père, car c'est là qu'est ton bonheur". Voilà, je crois, ce qui caractérise au mieux, l'attitude du fils cadet et ce que nous devons essayer d'imiter dans notre propre vie : ce désir de nous convertir et de trouver le pardon de Dieu, parce que nous avons besoin et que nous avons soif du bonheur d'être auprès de Dieu.

Ce en quoi nous sommes des fils aînés, malheureusement, c'est aussi fréquent c'est que nous sommes sans cesse à calculer et à compter que les autres en font beaucoup moins que nous, qu'ils se cassent beaucoup moins la tête et que ca va toujours mieux pour eux que pour nous. Et c'est bien malheureux que nous ayons un tel regard sur l'existence des autres, parce qu'au fond ce qui fait le malheur de ce frère aîné, c'est qu'ayant toujours vécu auprès de son père, il n'imagine pas ce que c'est que le pardon.

Le pardon, ça ne peut pas se mesurer en affaire d'héritage, ca ne peut pas se mesurer au fait qu'on a gaspillé ou non cet héritage. Le pardon, c'est le fait qu'à un certain moment, dans la détresse de quelqu'un a surgi la grâce de Dieu. Et à ce moment-là, il n'y a qu'une chose à faire, c'est de se mettre à genoux et de rendre grâces, ce que ne fait précisément pas l'aîné et ce que nous ne faisons pas souvent. Chaque fois que nous sommes en présence de notre frère, nous devrions d'abord le voir comme un pécheur pardonné et ne pas d'abord nous préoccuper de savoir s'il est plus pécheur ou moins pécheur que nous. Cela n'a aucun intérêt, au contraire, cela ne sert qu'à nous égarer et à nous perdre nous-mêmes. Mais chaque fois que nous rencontrons nos frères, nous devrions être capables, à propos de chacun d'eux, de rendre grâces parce que ce frère est un pécheur pardonné et qu'il a connu la miséricorde comme nous aussi nous l'avons connue.

C'est vrai que, par certains aspects, nous sommes des frères aînés. C'est vrai que nous avons connu déjà d'immenses grâces de Dieu, que nous avons essayé, tant bien que mal, de rester toujours fidéle à l'appel de notre Dieu. Mais, de grâce, lorsque nous voyons nos frères qui sont en train de se convertir, de rentrer dans le sein de la miséricorde de Dieu, n'ayons pas le réflexe de celui qui se croit sur un terrain dont il est le possesseur, le propriétaire, de manière privée. Qu'au contraire nous ayons ce cœur ouvert, puisque Dieu a ouvert son cœur et sa miséricorde à nos frères. Que, nous aussi, à notre mesure, mais avec beaucoup d'amour et d'espérance, nous ouvrions notre cœur à la miséricorde et au pardon mutuel.

 

AMEN