LES INVITÉS EXCUSÉS

Dn 9, 20-26 a ; Lc 14, 15-24

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

ette parabole est d'abord adressée aux membres du peuple de Dieu et précisément, on dirait que Jésus profite de l'occasion de ce qu'un de ses membres, quelqu'un qui était à table avec Jésus ait tout d'un coup, au milieu de ce repas, prononcé une bénédiction : "Bienheureux ceux qui seront au festin du Royaume de Dieu", comme si cet homme avait compris à partir de la joie qu'il éprouvait à se trouver à la même table que Jésus, que cette joie devait se continuer sans fin au jour du Royaume éternel.

Précisément cet homme révèle d'une certaine manière, qu'en étant ainsi attablé avec Jésus, il pressent que c'est là le Royaume de Dieu qui commence et c'est pourquoi de lui-même, dans la joie de son cœur, il entonne une béatitude. Alors Jésus veut faire comprendre à cet homme, et par la parole de cet homme, la gravité de ce qu'Il est venu faire. En effet, Jésus est ce serviteur que Dieu a envoyé, dans son peuple d'abord, parce qu'Il était celui qui devait annoncer que la promesse était accomplie. Jésus, au milieu du peuple d'Israël, est précisément celui qui vient dire au peuple : "Le royaume de Dieu est commencé." Et il profite de ce que quelqu'un l'a un peu compris en ce moment-là. Mais alors Jésus nous dit la réalité des choses : c'est qu'en venant comme le serviteur annonciateur de la promesse, il s'est trouvé en butte à des tas d'excuses. Remarquez bien que les gens de cette parabole sont des gens à la fois extrêmement sérieux et extrêmement courtois. Ils sont sérieux parce que toutes les excuses qu'ils ont de ne pas assister au festin sont extrêmement valables. Se marier, c'est une chose importante. Acheter cinq paires de bœufs également, etc … Et d'autre part, ils sont extrêmement courtois, parce que chaque fois ils disent au serviteur (ils ne le molestent pas, ils ne lui font pas violence), ils lui disent simplement : "Va dire au Seigneur, à ton maître qu'il me tienne pour excusé, parce que je ne peux pas y aller." Or c'est cela que Jésus veut nous faire comprendre.

C'est que, d'une part, le Royaume de Dieu n'entre pas dans les catégories des activités sérieuses de la vie. Notre vie est remplie de choses à faire : or, s'attabler avec Jésus au Royaume éternel, ce n'est pas une chose à faire, c'est une plénitude de vie et de bonheur à recevoir. Si nous n'avons pas déjà dans notre vie ce goût profond du bonheur, ce goût d'une joie partagée en présence de son Seigneur, lorsque nous parlerons du royaume des cieux, d'être à la même table que le Seigneur Jésus, cela pourra nous paraître futile ou peu important, alors qu'en réalité, c'est le centre de notre vie. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas être sérieux, mais comme le disait un humoriste : "Le Royaume de Dieu est une chose beaucoup trop grave pour être prise au sérieux."

La deuxième chose, c'est que le Christ n'a pas de temps. Il faut que le Royaume s'accomplisse, parce que le Père qui a organisé ce festin ne peut pas l'ajourner. Tout est déjà prêt. Tout ce que Dieu veut nous donner, toute la grâce qu'Il veut nous donner, tout cela est prêt dans son cœur, de toute éternité. Et si nous refusons, il ne peut pas en faire plus, car tout est déjà donné. Par conséquent, si nous refusons, nous ne recevrons pas. Ce qu'il faut savoir que notre temps n'est pas seulement quelque chose à organiser mais quelque chose dans lequel il faut savoir recevoir et accueillir l'éternité. A première vue c'est difficile, et pourtant nous n'avons pas d'autre chose à faire que de laisser ce temps de cette vie qui nous est donné, de le laisser s'écarter et s'ouvrir de plus en plus, afin que Dieu puisse venir y semer la semence de son amour et de son éternité.

Au cours de cette eucharistie, demandons au Seigneur, qu'il fasse de nous, non pas des invités qui se dérobent, mais des invités qui croient à la gravité et à l'importance de ce qui est gratuit, et d'autre part des serviteur qui soient disponibles, à tout moment, pour accueillir l'éternité dans notre temps et dans notre vie.

 

AMEN