DU BON USAGE DES RICHESSES
Sg 1, 12-15 ; Mc 10, 23-31
(12 juin 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Avarice (Roussines)
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rères et sœurs, l'évangile d'aujourd'hui est la suite de celui que nous avons entendu l'autre jour, cet évangile dans lequel Jésus rencontre cet homme qui court vers lui et lui demande ce qu'il doit faire pour "avoir" en partage la vie éternelle. C'est un texte qui est très connu, Jésus rappelle les commandements, et il fixe sur lui son regard, il l'aime et il lui dit qu'une seule chose lui manque, c'est de partir, de vendre ce qu'il a, de le donner aux pauvres, et de cette manière, il aura un trésor au ciel. Le regard de cet homme s'assombrit, et il s'en va contristé parce qu'il avait de grands biens.
Jésus aujourd'hui réagit au départ de cet homme et il dit aux disciples : "Comme il sera difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu". l'évangéliste dit que les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Cela s'explique par le fait qu'encore aujourd'hui, peut-être un peu plus dans la culture protestante, mais c'est clair dans l'Ancien Testament, la richesse matérielle n'est pas négative. Elle est au contraire un signe que Dieu accompagne et protège l'homme. Il vous suffit de vous souvenir d'Abraham qui meurt âgé, riche de tous biens, de Jacob qui se constitue toute une richesse lors de son expatriation à l'étranger auprès de sa belle famille. Dans l'Ancien Testament, et dans certaines sociétés encore aujourd'hui, la richesse n'est donc pas quelque chose de négatif. Il est bon de le rappeler, car si nous n'avons pas à courir après l'argent, l'argent n'est pas ontologiquement une impossibilité pour nous d'aller vers Dieu. Ce n'est pas parce qu'on est riche que nécessairement on n'est pas un bon chrétien, et inversement, ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on est un bon chrétien.
Ce qui est en jeu ici à travers la rencontre de Jésus et de l'homme riche, et ce que Jésus a dit dans l'évangile d'aujourd'hui, c'est que le centre de l'affaire est une question de relations. Le fait que je veux vouloir de l'argent, le fait que je veux comme ce jeune homme, vouloir faire tout ce qu'il faut pour "avoir" la vie éternelle, nous avons à nous interroger : est-ce que c'est pour nous, ou est-ce que c'est pour découvrir une relation avec Dieu et avec les autres ? C'est la raison pour laquelle quand Pierre réagit, en disant : nous avons tout abandonné et que nous reste-t-il ? nous t'avons suivi, nous n'avons rien, Jésus lui rappelle qu'en ayant tout quitté, il a en même temps reçu. D'une certaine manière, il a tout quitté : une certaine sûreté, une certaine habitude, peut-être telle ou telle personne de son entourage, de sa famille, qui sont maintenant choqués du choix que Pierre a pris de suivre Jésus et en même temps, en ayant tout quitté, il retrouve. Il retrouve d'autres maisons, d'autres femmes et d'autres hommes qu'il ne connaissait pas jusqu'alors, et qui, en marchant avec eux, vont lui montrer le chemin vers Dieu.
Frères et sœurs, cet évangile double, l'homme riche, et ce que la Bible de Jérusalem appelle le danger des richesses, cet évangile a pour but de nous ramener vers l'essentiel qui est la relation. Aujourd'hui, la plus grande richesse que nous pouvons avoir ce n'est pas un compte en banque, mais c'est un agenda. Quelqu'un qui a un agenda, des noms, des téléphones, peut toujours mieux s'en sortir dans la vie que celui qui a compte en banque et qui est tout seul. Je crois qu'à sa manière, c'est ce que veut dire Jésus : la chose la plus importante que nous avons à faire, c'est de rencontrer, de découvrir des frères et des sœurs, et découvrir que nous ne sommes pas seuls, que nous formons une communion, une communauté et que c'est ensemble que nous marchons vers Dieu. La richesse n'est pas ontologiquement mauvaise, la seule question que nous pose Jésus, c'est ce que nous en faisons. Est-ce que nous l'utilisons pour nous-mêmes, ou ce qui fait la différence, c'est ce regard d'amour, et ce mot amour c'est ce mot que l'évangéliste a utilisé quand Jésus a regardé ce jeune homme riche et c'est ce regard que nous avons aussi à poser sur nos frères et nos sœurs.
AMEN