TROIS INTERROGATIONS
Sg 1, 1-2+6-7 ; Mc 10, 17-22
(7 juin 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Choix des chemins …
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rères et sœurs, le texte d'évangile que nous venons d'entendre est fort intéressant pour notre réflexion chrétienne. Je ne parlerai pas du thème même de ce que les richesses sont le plus grand obstacle à répondre à l'appel de Dieu, mais je voudrais m'attarder sur trois petits détails qui s'enchaînent les uns les autres et nous invitent à réfléchir et nous posent question.
Le premier détail, c'est que lorsque cet homme dit à Jésus qu'il a accompli la Loi, "Jésus posa sur lui son regard et l'aima". Est-ce à dire que Jésus ne l'aimait pas auparavant ? Jésus a-t-il des préférences ? Y a-t-il parmi nous des gens que Jésus laisse de côté et n'aime pas avec tendresse ? Cela suppose je crois que Jésus ait un amour différent pour chacun d'entre nous, qu'à chacun il donne son cœur dans sa totalité, mais totalité qui correspond à notre propre cœur, et que c'est en voyant le jeune homme déclarer sa fidélité à la Loi, que Jésus l'aime dans la ligne de son choix et de sa vocation. C'est une interprétation, je ne dis pas que c'est la vérité, je maintiens l'interrogation dans ce texte.
Le deuxième point d'interrogation, c'est que Jésus dans son dialogue avec ce jeune homme distingue deux niveaux : un niveau qui est celui de la morale courante, de la morale basique, représentée par les commandements de Moïse. C'est donc ce qui fait notre configuration au Christ et qui nous permet d'être les disciples de Jésus en appliquant la loi de la vie chrétienne comme elle l'a été dans l'Ancien Testament. Il y a donc ceux à qui Jésus demande de faire ce qui est prescrit par la Loi. Et il y en a d'autres qui sont appelés à aller plus loin : "Une seule chose te manque, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres". Il y a un deuxième degré dans l'appartenance au Christ. Il ne s'agit plus simplement d'appliquer la Loi, mais d'aller jusqu'au bout du don de soi et du don des choses auxquelles nous tenons le plus, ici, les grands biens. On interprète généralement cela dans la différence entre la vocation baptismale commune à tous les chrétiens, et la vocation religieuse pour ceux qui sont appelés à aller plus loin. Là encore, je ne suis pas entièrement satisfait par cette interprétation et cela restera pour moi un deuxième point d'interrogation.
Le troisième point d'interrogation c'est le plus grave. Le jeune homme, parce qu'il avait de grands biens, quitte la conversation avec Jésus et s'en va tout triste. Cela nous pose la question de ceux qui sont appelés précisément à une vie chrétienne plus profonde, plus exigeante. Ils ne se contentent pas d'appliquer la Loi, mais ils veulent aller plus loin comme Jésus le dit. Il y a là effectivement, deux types de vocations. Mais cette vocation à aller plus loin n'est pas obligatoire, elle apparaît bien déjà dans ce texte comme un supplément que Jésus a proposé à cet homme : une seule chose te manque. C'est donc quelque chose qui est positif, puisque c'est un manque de ne pas l'avoir, et en même temps quelque chose qui est gratuit, puisque cette chose qui manque ne manque pas à tout le monde de la même façon et que c'est cela qui caractérise la vie chrétienne de ce jeune homme.
Alors se pose la question : quand quelqu'un qui s'efforce de vivre selon la Loi entend cet appel gratuit, à aller plus loin, est-ce qu'il est tenu de répondre positivement à cet appel ? ou bien s'il répond négativement, est-il dans le péché, et éventuellement dans l'enfer ? Nous ne pouvons pas penser que ceux qui se contentent de la Loi qui est la morale de base peuvent être rejetés parce que on leur a proposé un supplément gratuit et qu'ils n'ont pas eu le courage de l'accepter et de la pratiquer. Cela pose la question de quelqu'un qui se sentirait appelé à une vocation spéciale, par exemple une vocation religieuse, et qui n'irait pas au bout de cette réponse, qui s'arrêterait en chemin. Va-t-il être condamné pour cela ? et pourtant, il n'était pas tenu de répondre et en même temps, il ne peut s'accomplir dans sa relation avec Jésus que dans le choix qui lui est proposé.
Il me semble que nous sommes à travers ce texte en face de plusieurs points d'interrogations qui se posent à nous. Est-ce que Jésus aime différemment les uns et les autres ? Est-ce que la Loi suffit puisque c'est la loi de Moïse qui a été donnée par Dieu sur le Sinaï ? Ou bien quel est ce supplément de cette unique chose qui manque comme le dit Jésus ? et finalement, celui qui refuse cette particularité gratuite que Dieu lui propose, sera-t-il condamné ? il faut que sur ce texte comme sur beaucoup d'autres de l'évangile, nous réfléchissions pour peut-être en découvrir un sens plus profond que nous ne l'imaginions.
AMEN