S'EXPOSER
1 S 19, 1-7 ; Mc 11, 15-19
(21 février 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Oliviers à Assise
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rères et sœurs, une fois n'est pas coutume, l'évangile de Marc est connu pour sa brièveté. Or, il se trouve que dans le récit des vendeurs chassés du temple, Marc ajoute un détail que les autres évangélistes omettent. Je ne vais pas faire une montagne de ce petit détail, mais au seuil du carême cela peut être un sujet de réflexion pour notre entrée en carême.
Jésus culbute les tables des changeurs, les sièges des marchands de colombes, et voilà le petit détail que l'on ne trouve ni chez Jean, ni chez Matthieu, ni chez Luc : "Et Jésus ne laissait personne transporter d'objets dans le temple". Jésus en colère, en train de renverser les tables, on y est habitué, mais voir Jésus se précipiter sur les gens pour les arrêter parce qu'ils transportent des objets dans leurs mains, c'est un détail que l'on a toujours laissé de côté.
A travers ce détail me revient une histoire. Il y a quelques années, je suis allé à Assise avec des quatrième du Sacré-Cœur, il se trouvait que c'était la semaine précédant la semaine sainte, les oliviers avaient été fraîchement coupés, et comme à c'accoutumée, on propose lors de ce pèlerinage un moment au cours duquel les enfants ont la possibilité de s'égayer dans la campagne aux alentours de la petite église de saint Damien pour prendre un temps de prière personnelle et de silence. Les filles se sont installées sur le talus, tranquillement, offrant leur visage au doux soleil de printemps et les garçons ont passé leur temps à ramasser des branches, à faire des petites cabanes, à mettre des toits, des murs, pour pouvoir rentrer dedans et prier tranquillement sans que personne ne les voie. Ils ont tellement travaillé à faire leur cabane qu'au bout d'un moment, on a arrêté le temps de méditation. Je ne me permettrai pas de juger de la qualité de la prière des garçons, mais c'est intéressant face au comportement de Jésus dans cette scène.
Jésus qui veut arrêter les gens qui ont les mains remplies d'objets, cela signifie que tout objet peut nous mener à Dieu, mais en même temps, tout objet peut être un obstacle sur notre chemin vers Dieu. A force de vouloir établir nos petites maisons de prière, on pense tellement à édifier et à construire les murs, qu'on oublie la raison d'être du bâtiment, un peu comme aujourd'hui, les gens qui visitent les églises et qui oublient la raison d'être du bâtiment qui est d'accueillir une communauté de chrétiens pour prier et louer le Seigneur. Cela nous dit ce que Dieu veut à travers le temple, que ce soit un temple fait de main d'homme ou que ce soit le temple de notre cœur, ce que veut Dieu, c'est que l'on s'expose. Surtout les filles, elles se sont exposées au milieu de la campagne d'Assise, elles ne faisaient pas attention aux animateurs qui étaient là, elles offraient leur visage, leur prière, tranquillement sans faire attention à qui se passait, ce n'était pas le problème. Elles s'exposaient.
Je crois que la question n'est pas de s'exposer physiquement, mais dans l'acte de la rencontre de Dieu, et dans le temple de Jérusalem ce qui doit être premier aussi pour nous, c'est de nous exposer.
Frères et sœurs, je vous invite à réfléchir déjà au sens du carême qui n'est pas de vouloir accumuler des objets que l'on va disposer en se disant qu'enfin on aura tout ce qu'il faut pour prier et à la fin on en oublie de prier, mais le carême, c'est peut-être tout simplement de s'exposer au visage de Dieu et au visage des autres.
AMEN