TOUT CHRÉTIEN PEUT DEVENIR POÈTE
1 S 16, 1-13 ; Mc 6, 30-44
(8 février 2012)
Obsèques d'André
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Parcelles de beauté
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rères et sœurs, levons tout de suite toute ambiguïté par rapport à cet évangile, il nous a fait beaucoup parler hier d'André, il nous a permis de beaucoup nous exprimer : André n'est pas le démoniaque possédé.
Cela dit, pour quelqu'un qui aime le cinéma qui le vénère et qui a su faire passer cette passion à Jérôme, je pense qu'André a aimé cette image apocalyptique de cette histoire et de ce transfert de ces esprits impurs, ce troupeau de porcs qui se précipitent dans la mer, un cinéaste serait capable de rendre particulièrement cette scène. Ce qui nous a fait parler, c'est le fait que tout homme se sent prisonnier. Nous nous sentons souvent pris dans des liens, ce ne sont pas toujours des esprits impurs. Notre société actuelle appelle cela le déterminisme psychologique, sociologique, familial, et à travers ces liens nous nous demandons comment nous pouvons vivre plus confortablement et être plus heureux. André qui était un homme particulièrement sensible, nous avions célébré il y a à peu près un an et demi les obsèques de votre maman, a su prendre à bras le corps cette sensibilité pour l'exprimer avec le langage de la poésie.
Notre société moderne croit envers et contre tout que la vérité ne se lit qu'à travers des formules mathématiques, physiques chimiques, ou même des formules historiques, vous le savez, si ce n'est pas historique, ce n'est pas vrai, si cela ne se laisse pas saisir par des formules mathématiques ou astronomiques, ce n'est pas vrai. André avait compris qu'il y a un autre langage tout aussi vénérable, qui est capable d'exprimer la vérité de l'être, de l'homme, de sa place dans le monde, de sa relation avec Dieu, c'est la poésie. Ne nous trompons pas sur ce terme de poésie, il ne suffit pas de feuilleter un dictionnaire des synonymes pour essayer d'écrire un texte qui sera poétique, ce n'est pas la rime qui fait la poésie.
La poésie, c'est autre chose, c'est être capable de réunir comme les parties fragmentées la beauté de la vérité de Dieu dans ce monde, comme quelqu'un qui a face à lui des parties fragmentées d'un puzzle et qui va essayer de recomposer une image pour y découvrir le sens de la vie, la présence de Dieu, l'importance de l'amour. C'est cela le poète. Il y a des poètes qui n'écrivent jamais, c'était le cas d'André, mais il avait su au cœur même de la création littéraire et cinématographique recueillir comme les fleurs même de la beauté du monde, de l'existence de Dieu et de l'amour du prochain, pour en faire un bouquet. Les fleuristes ne font pas les fleurs, les fleurs sont données aux fleuristes, mais nous savons combien le travail du fleuriste est important pour faire ressortir toute la beauté des fleurs.Le poète n'est pas simplement celui qui joue avec des rimes, quelquefois maladroites, ce n'est pas uniquement celui qui croit faire œuvre d'originalité, mais le poète, c'est celui qui est capable de trouver au cœur même de la beauté du monde, au cœur de ses relations avec ses frères, comme des fragments de lumière pour les disposer et crée un langage particulier. Le poète c'est celui qui considère que les autres langages ne réussissent pas à dire ce qu'il veut exprimer, et il s'invente une nouvelle langue. Je veux me faire ici le témoin de la manière dont André qui n'était pas marié, qui n'avait pas eu d'enfants, a su transmettre justement cette poésie à son neveu.
C'est cela qui nous a marqué dans l'évangile d'aujourd'hui, André a su à la fois transmettre cette contemplation du monde et de la société à Jérôme, puisque vous en avez fait votre métier, et il a fait en même temps comme Jésus dans cet évangile. Jésus sauve cet homme, et quand cet homme demande à suivre Jésus, il refuse. Il ne veut pas que cet homme l'accompagne comme les autres disciples. Il lui dit : tu as retrouvé ton intégrité, maintenant, la chose la plus belle que tu peux faire pour moi c'est de me quitter, non pas parce que je ne t'aime pas, mais de me quitter parce que j'ai confiance en toi et je sais que maintenant, ayant retrouvé toute ton intégrité, tu vas être capable par toi-même d'annoncer les merveilles et la miséricorde que tu as reçu de moi-même. André a fait pareil avec vous, à certaines étapes de votre vie. Il vous a initié sans jamais vouloir vous garder auprès de lui, et il vous a envoyé sur cette route qui est la vôtre.
C'est ce qui est merveilleux dans la vie d'un homme, c'est la délicatesse d'être capable de faire partager une passion, un désir, sans jamais vouloir annihiler la personne ou l'instrumentaliser pour nous-même. transmettre tout en gardant cette liberté et d'inventer votre propre langage.
Frères et sœurs, c'est cela aussi la paternité spirituelle. Elle est donnée à chacun d'entre nous et c'est de donner la liberté à tous ceux que nous rencontrons. Que cette œuvre qu'André a faite autour de lui, nous puissions la faire nôtre, et garder dans notre cœur le sens même du chrétien. Le chrétien n'est pas quelqu'un qui applique des lois, c'est aussi un poète parce que nous sommes invités dans notre vie à découvrir ces parcelles de la présence de Dieu, ces moments où nous avons pu contempler Dieu au milieu de paysages ou dans nos relations humaines, et comme le poète, nous sommes invités à disposer ces parcelles les uns à côté des autres, pour déjà sur terre, y voir comme une préfiguration de la figure du Christ et de la figure de Dieu. André nous ouvre cette voie, qu'au cours de cette eucharistie, nous soyons invités à méditer sur ces parcelles et ces lumières de Dieu au cœur de notre vie.
AMEN
