LES DEUX PASSIONS

Gn 40, 9-23 ; Mc 6, 14-29

(16 février 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Tête de Jean-Baptiste

 

F

rères et sœurs, dans ce long évangile il y a deux parties inégales. La deuxième qui retient notre attention, c'est le banquet, c'est cette faiblesse d'Hérode, à la fois séduit par le discours de Jean-Baptiste qui ne mâche pas ses mots, mais qui n'arrive jamais à se décider, et toujours le même Hérode, faible, séduit par la danse de la jeune fille, elle-même faible puisqu'elle est obligée d'aller demander à sa mère ce qu'elle doit demander à Hérode.

Bien sûr, c'est ce passage qui retient notre attention, et d'ailleurs qui a fait couler beaucoup de peintures et qui a noirci énormément de pages en littérature et en musique, en opéras. Mais aujourd'hui, je voudrais attirer votre attention sur le petit passage qui précède l'exécution de Jean-Baptiste : "Cependant, le roi Hérode entendit parler de Jésus car son nom était devenu célèbre. Hérode en ayant entendu parler disait : c'est Jean que j'ai fait décapiter qui est ressuscité". En fait, ce passage est directement en lien avec le début de l'évangile de Marc, 1, 14 : "Après que Jean eût été livré, Jésus se rendit en Galilée". Et puis, se déploie sur ces cinq chapitres l'enseignement de Jésus, toute une série de guérisons, toute une série de paraboles, et nous en arrivons à la visite à Nazareth, et au fait que Jésus a fait parler autant de lui que Jean-Baptiste.

Les foules et Hérode font ce que nous faisons tous, on fonctionne par analogie et on essaie de comprendre ce qui se passe au présent par rapport à ce qui s'est déjà passé. Pensez simplement à la situation internationale actuelle, le problème de la Tunisie et de l'Égypte est vu à travers deux autres modèles soit l'Iran, soit la chute du mur. Or on sait très bien que les choses sont plus complexes.

Or, les contemporains de Jean-Baptiste font un peu pareil. Jésus ayant été baptisé par Jean-Baptiste est en droite ligne son successeur. Et nous allons essayer de voir les points communs entre la prédication et la vie de Jean-Baptiste et puis la prédication et la vie de Jésus-Christ. A tel point que Marc lui-même dans l'exécution de Jean-Baptiste laisse poindre des éléments très proches entre Jean-Baptiste et Jésus. Jean-Baptiste rappelle à Hérode le point concernant le mariage et Jésus de son côté lui-même rappelant le début du livre de la Genèse.

D'autre part le fait que Jean-Baptiste et Jésus sont comme au centre d'un problème qu'Hérode et Pilate sous un certain angle peuvent être aussi très proches dans leur prise de décision. Et le verset final qui est pratiquement identique pour Jean-Baptiste et Jésus, les disciples qui prennent le corps et qui le mettent dans un tombeau. En même temps, il y a une différence notable entre les deux récits, entre les deux vies, pas simplement parce qu'il y en a un qui est le Fils de Dieu et l'autre qui n'est qu'un homme, mais cette différence consiste dans le sang versé. Chez Jean-Baptiste le sang est versé à la suite d'une condamnation claire et nette liée à tout le discours que Jean-Baptiste va prononcer à l'adresse d'Hérode.

Jésus c'est un peu différent. Il n'est pas venu avant tout pour condamner, mais il est venu pour sauver. Jésus sous un certain angle a une mission approchante de celle de Jean-Baptiste, mais en même temps c'est un homme qui n'hésite pas à aller manger chez les pécheurs et chez les publicains. Le sang versé de Jésus c'est vraiment le sang de la rédemption. Pour preuve c'est que l'effet n'est pas le même chez Hérode par rapport à Jean-Baptiste, et chez les juifs par rapport à Jésus. Hérode lui est paralysé et il a peur d'être jugé par celui qui semble être un retour de Jean-Baptiste. Dans le livre des Actes des apôtres, saint Pierre dit expressément : "Vous l'avez mis à mort". Et en même temps, il y a une nouvelle histoire possible. Il y a un pardon qui vous est accordé et c'est cela qui compte envers et contre tout.

Je crois frères et sœurs que c'est cela que nous donne à lire la passion, la mort et la résurrection de Jésus-Christ par rapport à celle de Jean-Baptiste. La mort et la résurrection du Christ ouvrent véritablement à une rédemption pour chacun d'entre nous. La question est de savoir ce que nous faisons dans notre vie pour répondre à cet amour et à cette rédemption.

 

 

AMEN