LA PROPOSITON DU SALUT

Os 4, 4-9 ; Mc 6, 7-13

(19 mai 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, je voudrais attirer votre attention sur un tout petit détail de ce récit qu'on appelle l'envoi en mission des douze apôtres par Jésus. Vous avez remarqué qu'au début, Marc note que Jésus leur donne autorité sur les esprits impurs. Ces hommes ont effectivement une autorité par rapport à ce qu'à l'époque on considérait comme le lieu de l'asservissement de l'homme, c'est-à-dire le pouvoir de certains démons de troubler la vie humaine et de la faire tomber dans le mal ou en tout cas dans des phénomènes paranormaux et souvent inhumains.

Mais on ne dit nulle part que Jésus leur donne autorité sur les gens à qui ils vont parler. On pourrait s'y attendre, puisqu'ils ont autorité sur les esprits du mal, pourquoi n'auraient-ils pas autorité sur leurs interlocuteurs, les gens qu'ils vont rencontrer dans les villes.

Or, c'est le contraire qui se passe. Non seulement ils n'ont pas autorité sur les personnes à qui ils vont parler, mais ils vont se situer en parfaite dépendance. Ils n'ont pas de réserve, ils n'ont pas de ressources, ils ne prennent pas de vivres pour le chemin, la seule chose dont ils ont besoin, c'est le bâton, qui est à ce moment-là le symbole même d celui qui est en route. Cela veut donc dire que pour Jésus, Il considère que la parole qu'Il confie à ses disciples, parce que c'est cela l'envoi en mission, c'est leur confier la Parole que lui-même a commencé à annoncer, c'est pour cela d'ailleurs que l'envoi en mission suit immédiatement la première prédication de Jésus, envoyer les disciples en mission ce n'est pas leur confier le pouvoir de la Parole. La Parole n'a aucun pouvoir, elle est une pure proposition, une proposition de salut.

C'est ce qui donne à ce petit texte ce caractère un peu étrange. On a l'impression que les douze envoyés par Jésus ne feront que passer. Ils n'ont pas tendance à s'incruster, si on les accueille ils restent le temps déterminé par l'accueil de leurs hôtes, mais s'ils ne sont pas accueillis, ils s'en vont. En donnant ce style à la première mission des apôtres, Jésus donne un certain style à ses disciples à travers toutes les générations, à travers toutes les situations qu'ils rencontreront dans l'histoire. Nous n'avons pas de pouvoir qui nous serait conféré par la Parole du Christ.

C'est très vraisemblablement une erreur que l'Église a commise pendant certaines époques de croire que la Parole de la révélation lui donnait une autorité sur la société, sur les comportements, et sur les princes, les gouvernants de la société humaine. En fait, quand on reçoit la Parole, on ne la reçoit pas comme un pouvoir sur les autres, mais on la reçoit comme quelque chose qui nous est confié pour que nous devenions nous-mêmes ceux qui proposent cette Parole. Après avoir été nous-mêmes séduits et avoir adhéré à cette Parole, vis-à-vis de nos frères, nous ne pouvons rien faire d'autre que de la leur proposer dans l'espoir qu'ils puissent eux aussi se laisser séduire, et se laisser conduire par cette Parole.

Le mot "mission", puisque depuis quelque temps, sur la ville d'Aix, il paraît que nous sommes en mission, le mot mission inclut quand même une attitude assez particulière. C'est vrai que surtout à la faveur de certains schémas au seizième siècle, on a compris la mission comme une conquête, au dix-neuvième, le mouvement s'est accentué, mais c'était généralement plus généreux qu'on ne le pense aujourd'hui, parce qu'on est très sévère pour ces hommes, mais la mission n'a jamais été un mouvement de conquête. Elle n'aurait jamais dû l'être en tout cas ! La mission, c'est la proposition universelle du salut. Si les premiers disciples sont allés de village en village sans chercher à imposer la Parole mais simplement en la proposant, c'est que véritablement c'était le projet de leur maître sur eux. D'ailleurs, si on y réfléchit, Jésus lui-même n'a pas fait autre chose, quand il est venu sur la terre, il ne s'est pas servi de sa Parole et de sa sagesse comme d'un moyen de pouvoir, mais il s'en est servi uniquement comme la proposition de salut pour ceux qui voulaient bien être de ses disciples.

 

 

AMEN