DIEU EST TOUJOURS PRÉSENT
Sg 6, 12-19 ; Mc 12, 35-44
(25 juin 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ésus est assis en face du trésor, il regarde toutes ces personnes qui viennent déposer des piécettes dans le trésor et son attention est attirée par cette femme dont il est dit que c'est une veuve.
Vous me permettrez de mettre de côté le commentaire de Jésus sur cette scène, et de faire moi-même mon propre commentaire ! Une pauvre veuve. En fait, comme mes frères, ayant eu, hélas, l'occasion régulièrement de rencontrer des personnes pour des obsèques, j'ai été amené à rencontrer des femmes devenues veuves. Ce qui est assez beau dans ce qu'elles disent, que ce soit dans la préparation aux obsèques ou des semaines et des mois après, quand on les revoit, quand on va les visiter, quand elles se confient à nous, quand on va les confesser, c'est que la vie n'a pas été facile, ça n'a pas toujours été rose avec le mari défunt, dans la vie professionnelle et sociale, mais en même temps, restent les beaux moments. En même temps, reste cette conviction fondamentale de ces femmes rencontrées qu'elles sont profondément abandonnées, qu'elles ne savent plus où elles en sont, qu'elles ont été profondément aimées par leur mari, même s'il y a eu des disputes, ça arrive partout, comme si ce tissu s'était déchiré entre elles et cet être avec qui elles avaient partagé cinquante, soixante ans de leur vie.
Je me dis, en voyant cette pauvre veuve venir mettre son obole dans le trésor au temple, qu'elle sait qu'elle a perdu quelqu'un, son époux. Peut-être en faut-il pas trop aller tout de suite vers l'obole pour le temple, ce geste presque liturgique, elle vient faire son acte de charité, mais la différence avec les autres personnes, c'est qu'elle est pauvre, et comme elle donne deux piécettes, elle donne encore plus. Mais l'acte qu'elle pose dit qu'elle montre qu'elle doit tout son bonheur à quelqu'un d'autre. En fait, le pauvre, c'est celui qui reconnaît qu'il doit son bonheur, son avenir, à quelqu'un d'autre. Il ne peut rien sans les autres. Cette veuve, qu'est-ce que c'est ? C'est la même chose, c'est découvrir qu'elle a dû son bonheur à quelqu'un d'autre auparavant, son époux, et que là elle est seule, son mari est mort, et il ne lui reste que l'Époux qui serait Dieu. En quelque sorte, le tissu de cette histoire commune a été déchiré par la mort, et en allant au temple, en déposant ces deux pièces, elle veut exprimer profondément sa foi et sa confiance, que l'histoire ne s'arrête pas là, que son mari est encore auprès d'elle, mais que surtout, le tissu ne s'est pas totalement déchiré, car Dieu l'accompagne, Il est à côté d'elle.
Je crois que si ce n'est pour filer le tissu, du moins l'analogie, que nous sommes quelquefois aussi comme cette veuve. Quelquefois une histoire est morte en nous, une histoire avec quelqu'un ou quelqu'une et nous pensons que tout est fini, que nous pouvons tirer la note et dire voilà, maintenant, plus rien ne peut m'arriver, cette personne m'a quitté, que ce soit parce qu'elle a été enlevée par la mort, ou que ce soit parce que nous nous sommes séparés, nous sommes comme cette veuve, nous sommes invités à découvrir que cette histoire ne finit pas mais que nous pouvons encore la relancer. Encore faut-il comme cette veuve, envers et contre tout, de croire que l'histoire avec Dieu n'est pas finie, mais qu'elle peut continuer à partir du moment où nous faisons ce simple geste, qui en même temps, nous coûte souvent : aller au temple, c'est-à-dire, auprès de Dieu, et lui déposer le reste de ce que nous sommes pour que nous puissions continuer à vivre auprès de notre créateur et de notre Époux.
AMEN